SAINT-LOUIS
DU SÉNÉGAL
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GOSS -
(3 mai 2007)
«Foxtrot-Kilo-Kilo,
je vous reçois. Est ce que vous avez l'aéroport en vue?»
Du haut de
notre perchoir, nous observons avec une joie profonde et pleine de béatitude
les lents méandres du fleuve Sénégal qui marquent tout
à la fois la frontière Mauritano-Sénégalaise,
la fin de la partie la plus désertique du Sahara, une oasis de vie
comme on n'en a pas vue depuis longtemps, et surtout, surtout, la fin de notre
stress et celui de notre moteur qui lui aussi bouillonne d'impatience d'arriver.
(au sens littéral)
Et,
quelques minutes plus tard: «Saint-Louis de F-KK, on a les installations
en vue, continuons notre descente!»
J'aimerais prolonger ce moment. Bizarrement, malgré les heures passés
aujourd'hui dans l'avion, la fatigue, le stress, J'aimerais jouir plus longtemps
de ces instants de bonheur et d'excitation. Et puis il y a "ces frissons
qui nous saisissent même après les plus grandes joies".
Ce n'est pas la fin du voyage, mais son point de réalisation. Comme
un alpiniste au sommet de sa montagne. Un accomplissement qu'il aurait tant
de fois répété dans sa tête que la réalité
de la chose le prend presque au dépourvu. Il faut concentrer à
l'intérieur de quelques minutes seulement, ce bonheur mille fois rêvé.
Franchir le seuil de la réalité pour transformer le rêve
en souvenir. L'instant présent, ce n'est presque qu'un seuil entre
le "à faire" et le "fait". C'est un peu triste
de le voir ainsi, quand on y pense. L'excitation et la joie sont immenses,
trop concentrés peut-être. L'esprit et le coeur ne sont pas faits
pour cette intensité. Ils naviguent soudain parmi des sentiments trop
forts, qui les aveuglent.
| Saint Louis - la piste, enfin |
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Alors
la voilà, cette piste. Cette ligne d'arrivée qui a tant façonné
les imaginaires. L'oasis des pilotes après la fournaise et le sable
de la Mauritanie.
La voix chaleureuse et colorée du contrôleur nous accueille sur
cette terre, et soudain c'est la savane Africaine qui défile sous nos
roues, en courte finale. Les paysages ont changés, l'atmosphère
aussi. La présence du fleuve Sénégal offre une autre
couleur au monde qui nous entoure.
| Saint Louis - Courte finale |
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Nous voici posés au Sénégal. Notre Robin a tenu le coup. Le bois ne nous a pas lâché, et le moteur non plus. C'est un peu abasourdis par tant d'aventures que nous descendons de l'avion. Mes pieds nus touchent le tarmac brûlant; j'aimerais pourtant profiter des heures durant de cet instant magique. Seul, peut-être; pour pouvoir pleurer en silence. Mais en même temps, j'aurais tellement à dire, à partager avec mes trois camarades, mes trois amis. Leur comportement exemplaire, la solidité absolue de notre groupe, l'esprit qui l'anime, et l'unité jusque dans les moments de stress, comme il y a une heure à peine quand on étaient sur le point de tenter un atterrissage d'urgence en plein désert. J'aurais presque eu envie de le faire, juste pour nous prouver que tout cela n'est pas des blagues, que notre force est bien réelle, inaltérable. Mais nous le savons déjà tous, au fond. Douze ans de vieille amitié, profonde, de celles qui durent au delà des océans. De respect, de beauté d'âme; d'admiration aussi. Deux pilotes, deux amis aussi, et plus de soixante quinze heures de vol côte à côte, sur trois continents déjà. Une confiance et une amitié mutuelle qui complètent idéalement la soudure du groupe. Eux aussi ils sont là, sur le tarmac de Saint-Louis. Fatigués et ravis à la fois.
| Saint Louis - Le F-GLKK au parking |
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Le Fanta de l'amitié nous attend à la tour, où le contrôleur et ses amis semblent aussi ravis que nous de nous voir ici, bien qu'un peu moins excités peut-être. Le trafic à Saint-Louis ne semble pas très soutenu, si l'on en juge par l'unique avion qui y stationne (et qui appartient, apprend-on, à nul autre qu'au gérant du mythique Hôtel de la Poste). Après quelques coups de téléphone aux autorités du pays, le contrôleur nous expose la situation : comme il faudrait au moins trois heures pour faire venir l'agent de douane, il se propose de tout arranger avec les autorités, et de nous laisser repartir directement pour le centre ville, sans contrôle. Plus tard, quand on ira à Dakar, on ira voir les douaniers pour régulariser notre situation. La solution est bien pratique pour nous, ... même si le fait d'être pendant trois ours clandestinement au Sénégal ne nous rassure pas beaucoup. Mais puisqu'on ne réveille jamais un douanier pendant sa sieste... il faudra bien s'en accommoder, dans la joie et la bonne humeur!
| Saint Louis - Tour de contrôle |
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Les sacs sont faits. Cyril est en pourparlers avec le jeune Saint-Louisien qui nous avait apporté nos cannettes. Il aimerait bien repartir avec notre ballon de football, et joue de persuasion et d'usure - surtout d'usure - pour repartir avec. On a malheureusement d'autres plans, et nous devons garder ce cadeau pour d'autres enfants, plus tard.
A
trois ou quatre heures de l'après-midi, il fait chaud sous le soleil.
Vraiment chaud, même si ce n'est pas comparable à la fournaise
qui régnait trois cent kilomètres plus au Nord. Pour suivre
les conseils de notre chef pilote, nous tentons de négocier une place
sous un hangar pour notre avion... mais en vain. Il devra passer les trois
prochains jours au soleil, ne comptant que sur sa peinture blanche pour refléter
un peu les rayons qui vont s'abattre sur sa toile et sa pauvre carcasse. Ainsi
va la vie.
Finalement, un taxi arrive et nous prenons place dans l'engin, les yeux encore
pleins de cet étonnement béat devant les scènes qui défilent
sous nos yeux, le long des routes ou devant nous. Couleurs, sons, visages
et impressions se succèdent à un rythme fou. Le dépaysement
est déjà total; la transition d'avec le Sud marocain quitté
le matin même, abrupte.
| Saint Louis - Taxi! |
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De
l'aéroport à la ville, il faut compter une vingtaine de minutes,
à travers des quartiers plutôt variés, mais qui ont en
commun une pauvreté générale, un dénuement d'acète.
Et puis d'un coup surviennent les rives du fleuve Sénégal, qu'on
enjamber par l'historique pont Faidherbe pour accéder à la petite
île sur laquelle la cité coloniale de Saint-Louis a été
bâtie, protégé de l'océan par une longue péninsule
sablonneuse, la Langue de Barbarie.
| Saint Louis - Le pont Faidherbe |
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Dès le pont traversé, les symboles de la ville surgissent, à commencer par l'Hôtel de la Poste, juste au débouché du pont. Nous laissons à regrets sa visite aux journées à venir, et continuons jusqu'à l'extrêmement pointe Nord de l'île où se situe notre auberge. Les rues sont ici claires et fleuries, les couleurs et les bruits font vivre ces quartiers riches concentrés sur cette île pas plus grande qu'une tête d'épingle. Malgré la fatigue qui nous abat, nous rêvons déjà d'arpenter ses rues, tâter le pouls de cette ville qui jusqu'ici n'était qu'un point sur une carte, un nom presque imaginaire.
| Saint Louis - Les rues de Saint-Louis |
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Mais pour ce soir, une bonne douche et un peu de repos nous combleront. Arrêtés à l'auberge de La Louisiane, dont le patron Béninois est une connaissance de Cyril, nous goûtons sans ambages à un farniente de quelques heures. L'usure de ces vols s'efface et ruisselle à nos pieds dans la tiédeur d'une douche, tandis que tous nos souvenirs remontent en effluves et transportent nos esprits dans de douces rêveries, libérés qu'ils sont enfin de cette gangue de fatigue, de poussière, de caps et de degrés.
| Saint Louis - Le fruit de nos labeurs (et bonheurs) |
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Nous sommes au paradis, celui du voyage accompli. Le soleil se couche sur les barques, faisant miroiter le fleuve Sénégal devant nos esprits embrumés. Étrangement, nous n'échangeons pas beaucoup de mots entre nous 4 ce soir. Un silence entendu suffit à nous comprendre. Dans nos petites vies d'hommes, nous avons accompli un pas de plus.
| Saint Louis - Terminus |
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22.8
heures de vol au compteur depuis Paris.
Manuel et moi prenons place à une table du restaurant, et le plus naturellement
du monde, consignons à jamais les chiffres du jour, de ce 3 mai 2007.
Partis de Laayoune, rendus à Saint-Louis du Sénégal via
Nouadhibou, à bord du FGLKK, 6.5 heures de vol. Carnet de route, carnet
de vol. Quels sont donc les sentiments qui nous agitent? Fierté? Oui,
aussi idiot ou dérisoire que cela paraisse, il y a une certaine fierté
à réaliser tout cela; une satisfaction personnelle, d'abord.
Un accomplissement surtout. C'aurait été tellement plus facile
de ne jamais le faire, jamais le tenter, jamais l'organiser. Trois clics sur
Internet et des billets d'avions vous arrivent par courriel, pour n'importe
quelle place au monde. Choisir cette voie de l'effort, c'est créer
sa récompense. La ciseler et l'élever à la hauteur de
ses attentes, que l'on gonfle en parallèle pour l'accorder. Et puis,
pourquoi pas juste une satisfaction, intense, intime ?
| Saint Louis - Carnet de vol |
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Une fois les carnets de vol remplis, place au carnet de voyage. Quelques notes, des impressions prises sur le vif. Des faits aussi, beaucoup, pour faire revivre la mémoire. Pas facile d'écrire sa vie ainsi; encore moins celle des autres. Chacun a ses impressions, son vécu, ses attentes et son point de vue. Carnet donc toujours imparfait, bien sûr. Imparfait aussi de mon propre point de vue, puisqu'il manque tant de choses, de mots, de noms. Puisque mon regard se biaise parfois, ma perception s'étiole, ou le recul gomme les reliefs. Et pourtant, imperfection qui traduit peut-être mieux que tout le regard que je porte aux choses. Des faits sur lesquels viendront virevolter des sentiments et des impressions passagères. Quelques pentes tenaces aussi, car on ne se refait pas. On se cherche, seulement.
| Saint Louis - Carnet de voyage |
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Ce soir, à Saint-Louis, je crois qu'on s'est tous un peu trouvés, dans l'amitié et l'aventure.
| Saint Louis - Un moment marquant |
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suite du voyage... St Louis, 2/3
suite du voyage... St Louis, 3/3