OUARZAZATE 3/3
- Passage du Haut Atlas -

 

15 mai 2007

Grasse matinée, votée à l'unanimité de nos sommeils profonds. 8:30, on émerge. Quelques minutes et les sacs sont faits, les dents brossées et nous partons en quête d'un petit déjeuner. Malheureusement, il ne nous faut pas plus de quelques minutes à la recherche du croissant perdu pour se perdre les uns les autres au milieu des marchands.
C'est ma faute : une bijouterie me proposait enfin une croix Berbère conforme à mes critères; et "parce que je suis un ami, et le premier client du matin", nul doute que les prix sont bons! J'en profite pour également rapporter un joli collier le pierres bleues et d'argent. Ce sera pour ma mère.

Sur la place, tout près du hammam, une bonne pâtisserie regroupe nos envies et nous faisons le plein de fruits frais et de café pour la journée. Solide entrée en matière; nous somme parés pour re-traverser l'Atlas.
Mais rien ne presse, et avant de s'envoler, on s'offre une petite ballade en ville jusqu'à la Kasbah, ville dans la ville, toute de terre battue. Les touristes se font rares, à l'inverse des marchands en tout genre et des pseudo-guides de 7 à 77 ans.

A la fois intéressé à en savoir plus, mais saoulés de si rarement pouvoir se retrouver seuls, nous refusons l'aide offerte... et nous perdons comme il se doit dans les dédales de rues étroites, d'escaliers et de passages secrets. Pour se donner une chance de se retrouver, Stéphane et moi nous arrêtons un long moment devant la petite mosquée. Assis contre ses murs, sous un soleil matinal encore doux, nous sommes bercés par la litanie des prières, dans lesquelles femmes et hommes entonnent leurs chantonnements religieux.

La notion du temps nous reviens quand nos compères nous rejoignent enfin, et nous revenons d'un pas rapide vers l'hôtel pour régler la note. Un tour au cybercafé pour donner signe de vie, et nous prenons la route de l'aéroport, à bord de deux " petits taxis ". Il est bientôt midi.

Les formalités sont cette fois rapides, et nous montons à la tour de contrôle, où on nous apprend qu'à part à Errachidia, il n'est pas possible de se poser dans les autres villes de la vallée. Tant pis, nous décidons de poursuivre donc directement jusqu'à Fès, et tirons un trait une éventuelle randonnée dans la vallée des Roses ou autre somptueux reliefs de la région, entre Atlas et Sahara.
Le plan de vol est déposé pour Fès, et sitôt les sacs entassés à l'arrière, nous nous élançons sur la piste 12.

Ouarzazate - Décollage le matin

A 5500ft, sitôt passé le lac artificiel qui alimente Ouarzazate et rejoint la vallée du Draa, nous longeons les montagnes, suivant le large lit de la vallée du Dadès.

Ouarzazate - Cap à l'Est, sur la vallée du Draa

Nous surplombons plusieurs jolis villages et cours d'eau - à sec. Entre Kelaa des M'gouna et Boulmane, nous croisons la Vallée des Roses, que nous remontons quelques minutes pour observer ses splendeurs.

Vallée du Draa - Colines et plaines arides

 

Vallée du Draa - Trace de vie droit devant

 

Vallée du Draa - Vallée des Roses

 

Vallée du Draa - Vallée des Roses

 

Vallée du Draa - Vallée des Roses

C'est une longue suite de petits villages aux maisons de terre, parsemés de mosquées et de palmeraies, enchâssés dans une vallée montagneuse, qui défile sous nos ailes. Il nous manque le parfum des rosiers, la fraîcheur et l'ombre des palmiers, les regards des gens, surtout. L'évocation de ces régions enchanteresses nous rendent un peu jaloux de ne pas pouvoir y poser les pieds, condamnés à ne pas laisser notre vitesse tomber au dessous de 65kt. Mais ainsi file notre oiseau blanc, et le temps qu'il nous reste.

Vallée du Draa - Vallée des Roses

 

Ouarzazate - Décollage le matin

Sur les collines avoisinantes, on trouve beaucoup de bergers isolés accompagnés de leurs troupeaux de moutons noirs et blancs. Étude sociale sans pertinence : les moutons noirs paniquent dès que l'avion approche, alors que les blancs restent généralement impassibles.
Et comme pour compliquer l'étude, des dromadaires se mêlent à la population locale, donnant ainsi vie à des collines arides. Étonnant spectacle.

Valéée du Draa : plaines arides, dignes d'un western

 

Valée du Draa - On n'oublie pas qu'on est ici encore aux portes du désert

Notre route continue sur un cap 070°, entre la chaîne du Haut Atlas (à notre gauche) et les montagnes du Jebel Sarho. Nous passons Tinrhir, et finalement vient le lac d'Errachidia (Ksar es Souk), dont le barrage marque un point tournant de notre navigation : désormais, nous virons à gauche et mettons cap au Nord (350°), à travers la montagne et ses sommets qui dépassent encore ici les 10,000ft.
Pour ma part, assis en place droite, un mal de coeur s'est installé depuis une dizaine de minutes, et c'est avec plaisir que je reprends le manche en main. Surtout qu'aux vues des montagnes qui se profilent, il devrait y avoir du sport.

Vallée du Draa - Cap au Nord, nous montons pour passer l'Atlas

Montés à 7500ft, on saute une première chaîne, et l'on trouve comme prévu l'aéroport abandonné de Rich. Puis à 9000ft, le village montagnard d'Aït Harou sur une seconde chaîne. Le temps se gâte devant nous, et l'air commence à brasser; ça réveille la tête, et commence à me rappeler de mauvais souvenirs, ceux d'un vol dans le Massif Central, au Sud de Millau, avec Gwenaël; les secousses étaient tellement fortes que nous nous attendions vraiment à ce que les ailes de l'avion s'arrachent. La peur de ma vie... Ce que j'en ai appris, c'est que les ailes de bois du DR400 sont bien plus solides que je ne l'imaginais, ce qui me rassure un peu même aujourd'hui. Mes compagnons de voyage, dans leur mutisme, sont tout de même tendus et attentifs aux moindres signes, à mesure que les mouvements se font plus violents.

Passage du Haut Altas - Ca ne va pas être commode


Côté radio, nous n'avons évidemment dans ce relief personne en contact, et nous ne pouvons compter que sur notre plan de vol, en cas de problème, pour être retrouvés. Mieux vaut ne pas y penser, et continuer, le coeur ballotant.
Des nuages noirs nous bouchent le ciel et la pluie s'abat maintenant sur nous, Nous tentons de passer le col suivant, coupé de biais comme mon instructeur de Toulouse, Jean-Louis Carrafancq, m'avait appris à le faire dans les montagnes des Pyrénées. Tabassés par les masses d'air, nous serrons les dents et nos ceintures, à l'affût des rabattants, les yeux rivés sur le vario. Des éclairs zèbrent le ciel, plus loin. Quelques secondes et nous y sommes. Les mains se crispent, et nous passons finalement en vainqueurs, juste entre la couche de nuages et la montagne. Sous nous, d'un coup, une large vallée s'étend, comme si nous nous étions jetés du sommet en delta-plane avec une impression soudaine de vide sous nos pieds; quelques secondes à douter que l'on vole vraiment.
Et puis c'est le soulagement. D'ailleurs presque aussitôt, la pluie cesse et les secousses disparaissent. Le mauvais temps au dessus de nous n'a peut-être duré qu'à peine dix ou quinze minutes : même pas le temps de bien laver l'avion, qui porte encore sa patine ocre des sables Africains.
En dessous défile candidement l'aéroport de Midelt, ignorant des peurs qui viennent de nous vriller le ventre. Le vol se poursuit vers le Nord, cette fois en traversant le Moyen Atlas. Un autre col à 9000ft, et le contact radio s'établit enfin avec Fès. Sûrs de nous, nous nous montrons rassurant en les informant qu'on a bien pris les deux NOTAMs en vigueur, stipulant qu'il est aujourd'hui interdit de survoler la ville, ainsi que la route la séparant de l'aéroport.

Fès - La verdure renait - l'agriculture à large échelle aussi

Devant, la verdure renaît. De nombreux champs et cultures d'irrigation parsèment la plaine, dessinant de parfaits disques d'arrosage, bien verts, au milieu de la rocaille.
Et puis, au Sud de la ville, la piste de Fès est en vue. Semi-directe main droite sur la piste 09 dont nous allongeons l'étape de base pour laisser décoller un Boeing 737-800. Nous nous posons sans encombre, respectant comme il se doit les consignes du jour. Atterrissage court, et direct au refuel. Jeté de godasses, descente, et salutations aux autorités locales.

Fès - Le mauvais temps est derrière nous


Cordiales mais fermes, elles nous apprennent tout en scrutant nos passeports qu'on ne pourra pas parquer l'avion ici, et ce pour les trois prochains jours. La cause? Convoi présidentiel, accompagné par le roi d'Arabie Saoudite. Des exercices sont au programme, et une sécurité sans faille est exigée, comme il se doit en ces temps sombres de peurs de menaces.

Le message est clair : il va falloir déguerpir d'ici demain matin au plus tard. La tuile. On ne l'avait pas prévu, celle là. Concertation rapide à la façon "agence tous risques", et l'on décide d'un plan B plutôt séduisant : partir demain pour Ifrane, qui nous avait été mentionné comme une étape à ne pas manquer.

Fès - Vite, une adresse pour dormir, et un plan B pour le lendemain

 

Nous faisons les sacs au plus vite et donnons notre promesse de revenir sans faute le lendemain avant 8:00 pour mettre les bouts.
Un taxi nous emmène à la ville, suivant la voie royale bordée de drapeaux et oriflammes à l'effigie de son Altesse. Débarqués aux portes de la vieille Médina, nous comparons rapidement les prix des auberges, pour se poser à la pension Talaa, très bien située. Pour 250DH la nuit, nous avons 2 chambres sur le toit de la maison, surplombant la ville.

Suite du voyage... Arrivèe à Fès