OUARZAZATE
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Une nuit en ville -
(14 mai 2007)
Aux sortirs de l'aéroport, nous empruntons à pied la route qui mène à la ville. Les petits taxis refusant de prendre plus que trois personnes, nous décidons de continuer à pied, et rejoignons le cur de la cité au bout d'une vingtaine de minutes. Nous dénichons facilement l'hôtel Atlas (comme attesté sur notre fiche de police), où l'on prend place dans une chambre à quatre, WC sur le palier. C'est propre, et parfait pour la nuit. On s'étend quelques minutes, lessivés de notre journée, qui avait commencé au fin fond du Sahara Occidental.
| Ouarzazate - Hôtel Atlas |
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Mais si l'on veut encore faire quelque chose ce soir, il faut résister et surtout ne pas fermer les yeux. Résister; comme c'est difficile quand le corps nous appelle au repos! Mais nous nous encourageons mutuellement, et descendons donc dans la rue piétonnière au bas de l'hôtel. Première place venue, nous nous asseyons à un petit café pour siroter un délicieux jus de fruits frais, et ajoutons quelques bricoles à grignoter.
Puis,
alors que la nuit tombe, nous repérons un grand hammam, à deux
pas de la place centrale. C'est en plus le bon horaire pour les hommes, alors
nous entrons. Aussitôt, mes lunettes s'embuent, masquant du même
coup l'écriteau détaillant le large éventail de traitements
que l'on peut demander ici. Nous nous décidons pour un classique forfait
< lavage au savon noir, frottage, traitement >.
Soit. Nous entrons, en slip, dans une sorte de grande cave de pierre, voûtée,
au sol recouvert de céramique. Trois hommes sont accotés contre
un mur, attendant dans la vapeur humide de la pièce. Au fond, deux
larges bacs d'eau : brûlante d'un côté, glacée de
l'autre. Je sens déjà qu'on va morfler.
Un gars, en slip beige couleur peau arrive, sort sa savonnette noire, et empoigne
Cyril, qu'il fait asseoir au milieu de la pièce pour le frotter vigoureusement.
Visiblement, le gars n'a pas l'air de rigoler; Cyril non plus d'ailleurs.
Les mouvements sont brusques mais précis, et le font tourner comme
une girouette sur le sol glissant de savon. Après quelques seaux d'eau
froide jetés sur lui en guise de rinçage, il s'en retourne finalement
s'accoter au mur, les yeux tournant encore dans la tête, pour observer
ses trois amis subir le même traitement.
La rudesse du bonhomme semble toutefois plus impressionnante que réellement
douloureuse. Je passe moi aussi à la "machine à laver",
et ressort déboussolé, mais pas meurtri. Bon point. À
chaque seau d'eau, la crainte de se faire ébouillanter dépasse
largement la surprise de se faire glacer le dos, même si cela nous arrache
tous un cri.
Mais alors que nos craintes se dissipaient, Cyril se fait empoigner à
nouveau par son tortionnaire qui, le plaquant au sol, essaie maintenant sur
lui son redoutable gant de crin. Les gémissements montent de la cave,
et l'on devient livide rien qu'à penser que d'ici quelques minutes,
notre tour va venir...
Entre deux rabotages de surface, c'est à grands coups d'assouplissements
féroces que le jeu continue. On dirait que Cyril va se disloquer quand
son barbu lui écrase les articulations, lui tire sur les jambes ou
les poignets, ou lui broie le dos de toutes ses forces.
Et
voilà, c'est à moi. Le premier raclement du dos m'arrache un
râle à demi étouffé. Je crains pour mes coups de
soleil, pris le matin même sur les épaules et les bras. Sans
pitié, je me fais raboter la peau dans tous les sens possible, sans
oublier la moindre partie de mon anatomie. Je suis sûr que c'est un
maniaque! Il prend plaisir à nous voir souffrir ainsi. L'entre cuisse
passe sans vergogne au gant de crin. L'intérieur des bras : au gant
de crin. Le cou : au gant de crin. Le dessus des pieds : au gant de crin!
A vrai dire, je ne sens même plus mes coups de soleil : tout mon corps
est une fournaise. Dans mon dos, des centaines de vaisseaux sanguins ont éclaté,
une vraie boucherie - deux ans plus tard, j'en porte encore les marques.
Les étirements
sont redoutables : j'ai peur que ma souplesse apparente lui fasse dépasser
les bornes. Je crie au besoin. Rotation, nouveau gant de crin. Puis eau chaude,
eau froide : rien de tout cela ne peut plus rien changer à la douleur,
on n'es plus à cela près maintenant.
Nous
ressortons de là littéralement lessivés, heureux quand
même d'en être sorti... vivants.
Comme des zombies, découvrant d'innombrables nouveaux muscles ou nerfs
de notre corps, on se trouve une terrasse de la place centrale de Ouarzazate,
sur laquelle des jeunes ont improvisé une partie de football, au milieu
des touristes errants et des tables de restaurants installées tout
autour.
Mis en appétit par cette aventure, on déguste un bon tagine,
encerclé par cette ville qui arbore ses couleurs nocturnes.
Avant
de rentrer, Cyril et Stéphane se font alpaguer par deux marchands d'une
boutique à proximité; les discussions s'engagent sur les tapis.
Manuel et moi allons d'abord à l'hôtel régler pour la
chambre, et devons négocier avec le concierge le prix final. 120 ou
150 Dirhams? On verra finalement demain, il est trop tard pour s'obstiner
à soir.
Nos amis ne sont toujours pas rentrés. Nous allons les chercher là
où nous les avons laissés, toujours en compagnie de leurs vendeurs.
Apprenant qu'on est arrivés ici en avion, l'un d'eux nous propose un
deal : il nous offre trois beaux tapis pour qu'on l'emmène en passager
clandestin!
Tombant de fatigue, nous coupons court et nous écrasons sur nos lits,
tombant de sommeil.
Zzzzzz...
Suite du voyage... Passage de l'Atlas