Nouadhibou
- GQPP -

 


A 15:00, l'atmosphère semble plus vivable, et cela réveille nos instincts d'explorateurs. Nous reprenons donc la marche à travers la ville. L'activité y est revenue, les échoppes ont rouvert, et la vie a repris dans les rues. Ce n'était donc qu'on court silence, pourtant pareil à un grand cataclysme, une guerre ou une épidémie, quand seul le vent parcours les artères ensablées et désertes.

Nouadhibou - Le coin des charrettes à ânes

On trouve par ci par là un magasin de tissu, un ou deux orfèvres... Outre quelques bijoux à rapporter à la famille, j'ai toujours dans l'idée de comparer et de trouver une belle croix berbère, ces croix du Sud en argent qui symbolise les tribus nomades du désert. A force de fouiller, de demander, de chercher et de comparer, je trouve plusieurs petits artisans joailliers au talent indéniable, et les discussions s'engagent. Au fond j'hésite encore : tellement de formes et de styles existent. Cyril en a trouvée une jolie, peu décorée mais de belle taille, à Nouakchott.
Malgré mes efforts, ma recherche ici reste vaine. Je ne repars qu'avec un petit collier d'argent, et ... une soif grandissante
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Croix du Sud, ou Croix Berbère
(finalement trouvée à Dakhla le lendemain)

Quelques essais de chechs transforment Cyril en véritable homme du désert. Négocié à 600UM, il repart avec, directement sur la tête, et passe, méconnaissable, devant nos yeux. Mais le dilemme reste entier : finalement, supporte-t-on mieux la chaleur avec ou sans? Tout le monde en souffre, en tous cas, et après avoir enfin réussi à tous nous retrouver, perdus aux quatre coins du marchés au fond de sombres échoppes, nous poursuivons notre périple au hasard des rues vers d'autres quartiers.

Nouadhibou - Cyril, sous son chech


On aimerait bien sortir un peu de la ville, et d'explorer le vaste monde. A Nouadhibou, le vaste monde c'est, au choix:
- les sables et la réserve naturelle du banc d'Arguin, à plus de cent kilomètres de piste
- La réserve satellite du Cap Blanc, tout au Sud de la presqu'Île du même nom
- la baie de l'Étoile, un peu au Nord de Nouadhibou, réputée bonne pour la baignade

Nous optons pour la Pointe, élément singulier de la carte d'Afrique, qui ne peut laisser indifférent des amoureux des cartes comme nous le sommes tous les quatre.
On trouve un taxi qui accepte de nous y emmener, bien que beaucoup refusent sans que l'on comprenne vraiment pourquoi. On négoce avec le chauffeur un prix forfaitaire : trois heures pour quatre mille Ouguiya, plus mille Ouguiya par heure supplémentaire. «Deal.»

Nouadhibou - En route pour le Cap Blanc

Bien qu'on commence sur l'asphalte, la route devient vite un chemin de terre, puis une piste sinueuse dans un désert de rocailles et de sable parfois. En fait on se demande un peu s'il y a vraiment une piste, et l'on comprend surtout pourquoi les autres taxis refusaient de nous prendre!
Nous croisons la voie de chemin de fer qui rallie le grand port industriel de Nouadhibou à Zouerat, l'énorme mine de fer, située à plusieurs centaines de kilomètres dans l'intérieur des terres. C'est par ce train, dédié au transport du minerai, que j'avais pensé faire venir un fût de pétrole pour avitailler notre avion si nous avions contourné Dakhla (à sec d'AVGAS) par Zouerat. C'était une suggestion de Stéphane, et nous étions prêts à l'essayer... mais les complications étaient nombreuses et les autorisations de survol de la Mauritanie (ailleurs que par la côté et quelques grands axes) auraient été difficiles à obtenir, sans compter les risques encourus à piquer en plein coeur du Sahara, la température, les moyens de navigation.... et le manque de garantie que le bidon soit là à l'arrivée!

Je me demande quelle aurait été la couleur de notre aventure si nous nous étions rendus à Zouerat? Si nous avions finalement pris ce train, nous-même. Dans une "couchette", ou carrément dans un wagon de minerai? Qui sait...

Nouadhibou - La voie de chemin de fer du célèbre train de Zouerat

Sur cette piste invisible au milieu des roches et des sables, un panneau publicitaire de Mitsubishi affiche leur mise en garde très à propos : "Prudence! La mécanique peut faillir à tout moment".
Un slogan réaliste qui ne s'applique malheureusement pas qu'à notre taxi-brousse, mais aussi à monomoteur chéri en qui, pour encore des milliers de kilomètres, nous devons attacher toute notre confiance.

Nouadhibou - Avertissement, ou prémonition?

Par moments, c'est à travers les dunes qu'il faut se faufiler pour se frayer un chemin dans lequel le taxi ne restera pas prisonnier des sables. Au détour d'une dune, un groupe de chiens s'approchent d'une décharge à ciel ouvert. Contraste entre deux réalités : celle des sables immaculés qu'on filme au kilomètre, et celui du quotidien de l'activité humaine, pour qui le traitement des déchets, ou l'enfouissement contrôlé est loin d'être la plus urgent des priorité. Et qui les en blâmerait?

Nouadhibou - In the desert...

Comme nous roulons vite, nous rejoignons une autre voiture, qui s'enlise dans une zone sablonneuse juste devant nous. Solidarité oblige, nous nous arrêtons juste avant la zone dangereuse et descendons les aider. Ce sont trois Mauritaniens vêtus du traditionnel costume blanc. Les pieds dans le sable, nous finissons par sortir leur voiture et, avec leur aide, nous passons aussi la zone difficile. Le problème est que personne ne semble vraiment savoir où il est, ni comment rejoindre la véritable piste. Sont-ils un peu perdus? Sont-ils toujours sur le bon chemin? Aucune idée. Mais les Mauritaniens semblent s'en remettre à Allah. Nous les suivons, dans le doute. Plusieurs fois on se perd : la piste ne mène nulle part, ou disparaît. Demi-tour. Mais l'entraide et l'adversité, ça crée des liens. Nous restons les deux voitures ensemble, au cas où il arrive un problème à l'autre. On ne sait jamais. La route doit faire encore au moins vingt cinq kilomètres, et dieu seul sait ce qu'elle nous réserve encore.

Nouadhibou - Nos 3 amis ensablés

Le chemin s'améliore, et redevient finalement une piste facilement praticable quand, au milieu de nulle part, apparaît un homme qui nous fait signe de nous arrêter. Le chauffeur nous traduit qu'il est le "gardien" de la Réserve Satellite du Cap Blanc, et qu'à ce titre, il faut lui verser un droit d'entrée. Hummm, ça sent l'arnaque, mais nous n'avons pas vraiment d'autre solution. On sort l'argent, 400UM chacun, et on continue. Grand Schtroumpf, Quand est ce qu'on arrive?

Nouadhibou - Droit d'entrée au parc du Cap Blanc

Et finalement nous y sommes, à l'extrémité Sud de la presqu'île du Cap Blanc, là où l'océan et la Baie du Lévrier se rejoignent, pris d'un sentiment de respect devant l'immensité qui nous entoure, qui nous surpasse. Du haut de la falaise, on observe en silence les eaux bleues et turquoises qui s'entremêlent; Le Rio de Oro rencontrant l'Atlantique. Je rencontre en moi-même l'humilité du grain de sable.
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Nouadhibou - Tout au bout

Debout sur notre pointe, nous somme plus minuscules que jamais. Mais nous y sommes, et il ne nous manque que le temps peut-être de s'y asseoir pour un moment pour rêver et repenser à toutes ces raisons, tous ces facteurs qui font qu'aujourd'hui nous sommes là, fiers et heureux d'y être. Demain ce sera des souvenirs. Hier ce n'était qu'enchevêtrement de rêves, des points et des traits sur une carte. Désormais, accrochés dans les mailles de nos mémoires, il y a aussi des gens, des émotions, une vision presque saisissable sur l'instant. Presque.

Nouadhibou - Face à la mer

En contrebas des falaises, l'épave d'un énorme navire échoué, entièrement hors de l'eau, trône sur un banc de sable. Seule son ancre plonge dans la mer et semble ne pas vouloir complètement le rendre au sec. Il serait tellement tentant de s'en approcher… Nous devons trouver un chemin pour nous y rendre, et observer d'un peu plus près ce géant qui garde la Pointe, battue par des flots vigoureux. Impressionnante carcasse de métal rouillé, grandeur et décadence du savoir-faire de l'homme.

Nouadhibou - L'épave qui garde la pointe

Cyril et Stéphane restent sur la crête un moment, profitant du spectacle dramatique que les falaises de la côte déploient sous leurs yeux. Le soleil est déjà bien incliné et ses rayons ne sont plus que bonheur sur la peau. L'air marin y est sans doute pour quelque chose, puisque ici c'est directement l'océan qui souffle la Pointe.
Il est étrange de remarquer comme la même configuration de presqu'île se répète le long de la côte Atlantique de l'Afrique : Dakhla, Nouadhibou, St Louis, même combat. Partout un pleuve qui peine à rejoindre son océan, se perd parfois, et s'ensevelit lui-même sous le sable qu'il charrie, puis retrouve une sortie, plus au Sud, dressant lentement une digue de sable entre lui et l'océan.

Nouadhibou - Cyril

Manuel et moi descendons au bateau, à l'aide de cordes et sangles installées sur le versant, et qui facilitent la descente à travers sable et roches. Visiblement, nous ne sommes pas les premiers à avoir voulu atteindre l'épave par cette voie.
Plusieurs Mauritaniens descendent avec nous, et deux nous suivent jusqu'à l'épave, si impressionnante vue du sol.
Irrémédiablement attiré vers ce dinosaure d'acier, on tâte la coque, puis la solidité des sangles et échelles de corde qui y montent. Hum... ça a l'air de tenir... En utilisant les deux en même temps pour avoir une sécurité supplémentaire, je devrais pouvoir escalader les dix ou quinze mètres nécessaire sur le flanc de la bête.

Je passe à l'action, et grimpe jusqu'au pont. Manuel m'emboîte le pas, suivi des deux Mauritaniens. Sur le pont tout rouillé, nous explorons les alentours, tentons d'ouvrir quelques portes (définitivement coincées) et marchons jusqu'à la proue. L'expérience, mariée au contexte pour le moins insolite, est fascinante, et le navire encore en suffisamment bon état pour ne pas je crois présenter de risque particulier, outre évidemment le tétanos contre lequel nous sommes vaccinés.

Nouadhibou - C'est au pied de l'épave... qu'on voit le mieux l'épave

Alors que notre exploration allait bon train, nous entendons soudains des éclats de voix provenant d'en bas. Nous jetons un œil, et voyons Stéphane être éjecté de l'échelle de corde par un homme affolé, qui se lance frénétiquement à l'abordage de notre bateau. Sur le pont, des regards inquiets s'échangent. Personne ne semble comprendre qui il est ni ce qu'il veut; mais ce qui est sûr, c'est qu'il n a vraiment pas l'air de rigoler.

Nouadhibou - Intervention sur le bateau

Rendu au sommet, il nous ordonne, au bord de la panique, de ne pas bouger, de vider nos poches sans gestes brusques, de tout laisser sur le côté, et surtout, surtout, de ne pas s'approcher de lui. Bizarrement, il semble avoir plutôt peur de nous. Nous croit-il armés? L'est-il? Aucune idée. Mais on s'exécute sans délai, tout en présentant nos plus plates excuses. Encore sous le choc de son intervention, nous sommes tous encore contaminés par son air paniqué. Il nous prend semble-t-il pour des voleurs, des pilleurs ou peut-être pour des trafiquants; je n'en ai aucune idée. On ne sait pas ce qu'il nous reproche, si ce n'est d'être monté sur ce navire sans "autorisation". Il martèle que c'est une propriété privée (c'est marqué où???), qu'il ne faut surtout toucher à rien. L'affaire semble louche et aller bien plus loin qu'une simple violation de propriété privée. Je tente de présenter à nouveau mes explications et regrets, mais visiblement rien n'y fait.
Les deux Mauritaniens ne comprennent pas vraiment plus que nous ce qui nous le fond de l'histoire, mais ils ont déjà peur des conséquences que cela va avoir pour eux.

Nouadhibou - C'est la panique à bord

L'homme nous fait finalement signe de descendre, et de l'attendre en bas. Chose que nous faisons avec empressement, afin de rejoindre les autres. Même s'ils ne peuvent peut-être pas faire grand-chose dans la situation présente, je me dis qu'il est toujours bon d'avoir quelques témoins supplémentaires pour accompagner notre cause. Nous y retrouvons Cyril et Stéphane, ainsi que plusieurs autre Mauritaniens (amis de nos deux compères), et un homme assez âgé, qui semble travailler avec celui qui nous a intercepté sur le bateau. Mais je le reconnais! C'est le vieil homme qui nous a demandé de payer les droits d'entrée au parc. Qu'est ce qu'il fait là? Comment a-t-il été prévenu?
Ils nous demandent nos papiers, et me prennent mon permis de conduire français. Les Mauritaniens n'en mènent pas plus large que nous et donnent à leur tour leurs papiers. On nous informe qu'ils vont maintenant nous conduire au poste militaire; les choses se compliquent et notre détresse grandit. Cyril et Stéphane tente de calmer les individus, mais rien à faire. Nous remontons, tous ensemble, vers le parking où nous avons laissé le taxi. Dans mon portefeuille, j'ai beaucoup d'argent, et comme je sens qu'il va falloir bientôt tout laisser en bakchich, j'en passe discrètement les trois quarts à Cyril, afin de paraître moins fortuné, et donc un peu moins solvable.

Nouadhibou - Redescent express, manu-militari

Avant d'arriver aux voitures, le vieil homme s'approche de moi et me glisse à travers sa barbe grise: «tu sais, c'est pas bien ce que tu as fait. Proposer de l'argent comme ça à mon ami pour qu'il te laisse partir, c'est pas des choses qu'on admet ici, c'est pas bien, t'aurais pas dû mon ami...»
Je reste estomaqué. Ses insinuations sont absolument non fondées, et sortent droit de son imagination. Est-ce un plan pour nous charger un peu plus devant les militaires? Comment prouver notre bonne foi? C'est sa parole contre la mienne; alors j'ai beau m'insurger, prendre Manuel et les autres à témoin, autant prêcher dans le désert. Les ennuis s'accumulent désormais, et je regrette déjà bien d'avoir cédé à cette envie de grimper sur ce navire de malheur.

Rendus finalement en haut, pas de militaires. J'imaginais déjà le genre de jeep à mitrailleuse rencontrée le matin même dans les rues de Nouakchott. A la place une voiture de ville nous attend, moteur en marche. A son bord, un homme en civil, sérieux, nous observe. Il adresse quelques mots aux deux gardes, dont il semble être le chef. Il semble avoir de l'autorité, car quand lui parle, tout le monde se tait. Nous nous présentons à lui en prenant notre air le plus innocent, prêchant l'ignorance. Nous écoutons religieusement ses courts sermons, prêts à veulement ramper devant ses remontrances. Après cet acte de repentance, nous attendons son jugement. Sans même sortir de sa voiture, dont le moteur tourne toujours, il examine tour à tour nos visages, et ceux des deux Mauritaniens déconfits. Dans ma tête, la seule question qui tourne est de savoir combien d'argent il convient maintenant de sortir si l'on veut clore l'affaire. Quelques mots s'échangent avec les deux gardes, et l'homme nous laisse finalement filer : nous sommes quittes pour de simples remontrances!

Allelujah! Tout le monde est vraiment soulagé par cet heureux dénouement, en particulier nos deux compères qui doivent savoir ce que cela implique de réellement passer la nuit au poste ici.
Dans la joie retrouvée, eux et les leurs nous invitent à partager le thé près du bateau, ce que nous acceptons avec grand plaisir. Dans un trou, quelques braises fument déjà sous la vieille théière de métal. Le rituel s'exécute et les sourires de l'amitié fleurissent sur tous les visages, dont le soleil du soir cuivre la peau et efface les origines.
Maintenant, tous à l'eau pour une rapide baignade dans les rouleaux, et oublier les peurs de la journée.

Nouadhibou - Un thé au pied de l'épave

 

Nouadhibou - Un bon thé à la menthe pour se remettre de ses émotions

 

Nouadhibou - On part avec eux jouer dans les vagues

 

Nouadhibou - Photo de groupe, aevc nos nouveau amis

 

Nouadhibou - Portrait de notre chauffeur, qui a suivi tous les événements

Avant de rentrer aux voitures, nous marchons tous ensemble jusqu'au front de mer de l'autre côté de la presqu'île, côté Atlantique. Le soleil rasant donne une couleur de chair aux rocs et à chacun des buissons qui parsèment le paysage. C'est le genre de lieu et d'instant qu'on aimerait toujours garder accessible, instantanément, pour aller y lire, y réfléchir au bout du monde. Au bout de son monde, quand on doit prendre pour un moment des vacances de soi-même. Écrire, peut-être. Vivre et délier son intérieur, aussi.

Nouadhibou - C'est pas tout ça, mais... faudrait penser à y aller!

Rassemblés face à l'océan, sur la falaise ocre qui surplombe les flots, l'instant est magique. Nous sommes officiellement à la limite du territoire marocain. Cette ligne de séparation, arbitraire comme toutes les autres, date de 1900 quand la France et l'Espagne séparèrent sur papier leurs possessions respectives. Le trait qu'ils tirèrent sur le papier coupa la péninsule du Cap Blanc en deux, dans le sens de la longueur. À l'Est, côté Baie du Lévrier, c'est la Mauritanie, une possession Française. À l'Ouest, le Sahara Occidental, réservé à l'Espagne. Les puissances coloniales ont ainsi ignoré les peuples et zones géographiques existantes sur le terrain. Et aujourd'hui encore, la ligne est impitoyable et personne ne la franchit, sous peine de sauter sur une mine.

Nouadhibou - La sieste

Des deux côtés, pourtant le soleil se couche à la même place, et baigne d'or cette vision qui fait vibrer le coeur.
Soleil dans les yeux, c'est à travers l'Atlantique que certains ont vu leur route se continuer. La notre repart au Nord demain, mais nous avons aujourd'hui trouvé, parmi les émotions de la journée, une façon unique de se connecter avec d'autres hommes, partager plus que la peur : quelques mots, quelques joies, quelques instants vécus ensembles hors du monde et de nos divisions; Des moments que la mémoire embellira peut-être : c'est signe qu'elle a goûté là de quoi grandir un peu.

Nouadhibou - Lecture

Au soleil couchant, nous reprenons la route de la ville à bord de notre taxi. On s'arrête au port artisanal y acheter deux bidons usagés à un vieil homme. Pégueux et sûrement pas bien jolis à l'intérieur, il va falloir les laver pour enlever les restants de l'huile à friture qui semble y avoir séjournée. Arrêt donc à la station essence, ou nous utilisons un peu de pétrole pour nettoyer nos bidons, et ainsi éviter de contaminer le circuit de carburant de l'avion. Nous avons été prévenu plus tôt aujourd'hui : "La mécanique peut faillir à tout moment!".
Toujours en taxi, passage ensuite à l'aéroport pour les prévenir de nos intentions du lendemain. On règle les taxes (185UM), et discute un moment avec le vieux gardien, dans le hall d'attente tout vide. Cyril et Stéphane sont allés se renseigner à un garage qu'on leur avait indiqué pour les possibilités d'embarder demain matin dans un camion, ou n'importe quoi qui roule et qui pourrait les déposer à Dakhla, notre prochaine étape qu'ils devront rallier par la route afin de laisser Manuel et moi convoyer l'essence nécessaire à la suite du vol. Malheureusement, personne n'est là à cette heure pour leur répondre; ils devront retenter leur chance au petit jour.

Nouadhibou - C'est pas tout ça, mais... faudrait penser à y aller!

Rendus enfin de retour à l'auberge, un débat s'amorce sur le prix à payer pour le taxi. Le chauffeur nous demande quasiment le double de l'arrangement initialement convenu. Très vite des passants s'en mêlent, juste pour le plaisir de débattre on dirait, sans rien savoir de la situation. Tout cela devient une grosse affaire, et puisqu'il n'est pas possible de régler ça entre nous, on décide d'aller voir la police pour arbitrage. La caserne se trouve justement à deux pas. L'agent, très aimable, nous écoute, puis écoute le chauffeur (qui subitement affirme qu'il ne comprend plus le Français). Au final, la balance penche de notre côté, et nous versons la somme initialement prévue. Satisfaits de notre victoire morale, nous jouons les grands princes et ajoutons 500UM, car c'est un bon bougre et nous avons finalement passé beaucoup de bon temps ensemble.

Fatigués, nous trouvons un restaurant près du marché. Nous sourions des traductions que la carte propose, des erreurs de typo et autres approximations amusantes. Le service est dévoué, malgré le dénuement de la cuisine. En fait, à chaque plat de la carte que l'on demande, on nous répond qu'il n'y en a plus. Ou pas. A chaque tentative, la blague se répète. Pourtant, jamais le serveur ne fait le choix de plutôt nous dire ce qui est disponible en cuisine : c'est à nous de le deviner, c'est comme un jeu. D'ailleurs, les prix aussi ont changé, tous, il ne faut pas s'en offusquer : c'est l'à peu près qui fait le charme de l'Afrique.

L'estomac plein, nous rentrons à la chambre, et après une indispensable douche froide, nous nous écroulons sur nos paillasses.

Demain, nos chemins se séparent. Les retrouvailles avec Cyril et Stéphane sont prévues en fin de journée à Dakhla, si Dieu leur prête vie, et leur trouve un camion dans lequel embarquer pour traverser les sables et la frontière.

 

... Dernière matinée à Nouadhibou