NOUHADIBOU
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GQPP -
(12 mai 2007)
De notre perchoir, au FL85, nous interceptons la radiale 116° de la radiobalise de Nouadhibou : sur le cadran, l'aiguille hésite, vit. Au même instant, l'immense péninsule du Cap Blanc apparaît à l'horizon, délimitant la Baie du Lévrier. Pour éviter le survol direct de la réserve naturelle du Banc d'Arguin, nous nous enfonçons un peu au dessus du désert, et goûtons à la solitude des lieux. Je mesure combien note décision a été sage d'abandonner l'idée de parcourir l'intérieur de la Mauritanie, par Zouerat et Chinguetti : quelques dizaines de kilomètres dans les sables et tout repère disparaît. Un sentiment d'impuissance condamne l'idée d'une telle aventure à bord d'un coucou comme le notre.
| Nouhadibou - Baie du Lévrier |
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Radio sur 118.2MHz, Nouadhibou : contact établi. Report au point Echo sur les eaux turquoise de l'immense baie. On atteint ici l'extrémité Sud de la région que les Espagnols avaient, du temps de la colonisation, baptisée " Rio de Oro " - appellation qui est restée à l'époque de l'Aéropostale, lorsque les premiers pilotes défrichaient la côte, que le Sahara Occidental n'existait pas et que Nouadhibou s'appelait Port Étienne.
| Nouhadibou - Presqu'Ile du Cap Blanc |
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Approche
directe - il n'y a pas foule dans le ciel de Mauritanie -, et préparation
de l'avion tandis que nous survolons le port industriel. Cyril, toujours aux
commandes depuis notre décollage à Nouakchott, reste concentré.
Manuel veille au grain et lui donne quelques des instructions, tout en le
laissant manoeuvrer. La baie qui jouxte la ville est piquée d'innombrables
épaves couleur rouille de gros navires échoués depuis
des années. Des centaines de pirogues de pêche sont alignées
sur la plage, probablement déjà revenues de leur activité
journalière. Nous descendons, tranquillement, sur notre pente d'approche,
de la lente assurance d'un Boeing 747. 80kt au badin; un cran de volets; la
réchauffe carbu? APRALDOT? Le FAF? Ground-speed? Timing? Le train?
Oups, je m'égare, pas besoin de tout cela. Dernier check des instruments.
Dans la radio, à la tour de contrôle, nous avons le plaisir de
repasser le bonjour à notre ami d'il y a dix jours. «Alors que
re-voilà la sous-préfète!»Euh, désolé,
je veux dire : «Nouadhibou, c'est F-GLKK de nouveau de votre ciel!»
| Nouhadibou - dernier virage pour une longue finale sur la ville |
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Finale au dessus du port de pêche, au raz des têtes et des grands yeux qui nous observent. «DDO à toutes les équipes, tous les paramètres à bord sont corrects.» Sous la houlette de Manu, Cyril effectue son atterrissage sur la piste. Pas de camions cette fois venus compliquer la situation. Les vents sont calmes, et la température encore vivable. Atterrissage réussi!
| Nouhadibou - courte finale sur le port de pêche |
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Comme
des vieilles connaissances que l'on visite, comme de vieux renards avec qui
l'on revient faire affaire, on prend plaisir à rsaluer les personnes
croisées dix jours auparavant, alors que nous étions si curieux
du Sud, si ignorant de la Mauritanie et du Sénégal.
La négociation sur l'essence s'avère encore serrée. Heureusement
pour nous, le soleil n'est pas encore trop haut, et l'on a du temps devant
nous. Le pompiste nous propose 2.4 Euros/L, au lieu des 720 Ouguiya normalement
spécifiés. C'est également possible de payer en US$,
au prix de 2.8 $/L, ce qui s'avère pour nous un peu plus avantageux,
vu le taux de change du jour. La discussion s'engage, comme une partie de
go : longue et difficile.
| Nouhadibou - Pour avitailler, c'est toute une aventure |
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Finalement, nous coupons court et acceptons la proposition. Certes, c'était moins cher il y a dix jours; mais on ne va pas y passer la journée non plus, et l'on tirera les choses au clair demain matin si le cur nous en dit. Pour le moment, Stéphane et Cyril rassemblent leur pécule et payent docilement en US$.
Le
plein complet est fait, et nous pouvons commencer à penser à
autre chose, à trouver une place pour dormir, et aussi à découvrir
les mystères de cette ville perdue au bout des sables. Qui l'habite?
De quoi les gens vivent-ils? La pêche? Peut-être sont-ils autosuffisants?
Exportent-ils? Quelle part de l'activité économique le train
de Zouerat apporte-t-il ici? Les conflits avec le Maroc au sujet du Sahara
Occidental ont-ils un impact sur les habitants? Comment vivent-ils au quotidien
leur position quasiment à cheval sur l'arbitraire frontière
qui sépare la péninsule en deux? Comment perçoivent-ils
les gens de la capitale? Et les tribus nomades du désert? Et les Marocains?
Et nous autres, qui débarquons du ciel avec une avalanche de questions
qui nous brûlent les lèvres, mais q'on n'ose poser de peur de
gêner, paraître impoli ou passer, comme à Saint Louis,
pour des émissaires de la police politique?
| Nouhadibou - Notre pompiste attitré |
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Dans un coin de l'aéroport, un discret monument est dédié à L'épopée de l'Aéropostale, à cette étape de Port-Étienne qui était la porte d'entrée pour atteindre enfin le Sénégal. Une hélice de Laté 28, relique du temps passé, trône humblement au coin du bâtiment central, contre une stèle et quelques mots dorés, en hommage à la ligne. Quelques mots pour tant d'histoire(s).
| Nouhadibou - Les complications de l'avitaillement |
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Sortis de l'aéroport, nous décidons de marcher vers la ville,
située deux kilomètres plus au Sud. Une seule route, on ne peut
pas vraiment se perdre. Heureusement, malgré un ciel complètement
dégagé, le soleil est encore clément. La marche est joyeuse,
et les bagages réduits au minimum. En chemin, nous nous renseignons
à un garage pour savoir où trouver des jerricans vides. Nous
aurons en effet besoin de surplus d'essence si nous voulons rejoindre Laayoune,
car à Dakhla, toujours pas d'avitaillement possible, et les vents semblent
toujours bien mal orientés pour que l'on puisse retenter l'improbable
"grand saut" direct à travers tout le Sahara Occidental.
On nous indique qu'au port artisanal, on devrait pouvoir trouver ça.
La chose ne semble toutefois pas facile, et il est officiellement interdit
- par décret - de se balader avec des bidons d'essence, voire même
d'en posséder. La police, ou plus probablement les militaires, pourraient
nous en faire baver d'enfreindre ce règlement sûrement hérité
de la guerre en sourdine qui n'a jamais cessé au Nord. D'après
ce que l'on nous dit, le trafic d'essence (et de tout le reste également)
est endémique dans la région, et sévèrement réprimé
par les autorités. La frontière actuelle du Maroc est à
quelques kilomètres de la ville, et la zone Nord, officiellement réclamée
par les deux pays, est un no man's land supervisé par L'ONU. Bref,
toute la région est sous tension, et les problèmes de trafic
de drogues tiennent les autorités en alerte. On comprend qu'on n'aura
pas la partie facile, mais nous espérons contourner la loi en trouvant
des bidons vide, et en les faisant remplir sur l'aéroport par le pompiste,
juste avant de re-décoller. A Dakhla, nous transvaserons l'essence
dans nos réservoirs, et laisseront les bidons.
Le plan est un peu rock'n roll, mais c'est cela aussi qui fait l'aventure!
Arrivés
au centre-ville, sur la petite butte surplombant la grande route, nous trouvons
le "Camping de la baie du Lévrier". Propret, dirait le routard.
Il propose plusieurs cases dans un bâtiment de béton épais,
en forme de U minimaliste; bref, parfait pour la nuit. Quel dommage qu'ils
aient enlevés, il y a juste deux jours, la grande tente Maure, ou "Kha'ima",
habituellement dressée au milieu de la cour. Cela nous aurait bien
tenté d'y rêver quelques heures.
Dix minutes pour souffler, lire un peu, pisser un bol, défaire nos
pack sacs et tenter une power-nap à l'ombre. Top chrono.
| Nouhadibou - Un peu de repos |
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Relaxés?
Il faudrait aussi penser à manger, car depuis le matin, nos estomacs
n'ont pas vu grand-chose passer. Nous déambulons donc en ville, et
jetons notre dévolu sur le petit restaurant / pâtisserie "La
Lune". Une bonne adresse : on s'en lèche encore les doigts.
Une fois dans la rue, le soleil plombe vraiment. Nous achetons de l'eau. Un
litre et demi nous tient dix minutes. A chaque demi-heure, nous devons en
refaire le plein.
En descendant un peu sur l'autre versant de la colline, nous trouvons un autre
quartier avec quelques boutiques. Pas bien sûrs de ce que nous cherchons,
ni de là où nous voulons aller, on erre à travers cette
partie de la ville, et posons un autre regard sur celle qui, sur nos cartes
et dans nos plans, n'était jusqu'ici qu'un point de ravitaillement
entre désert océan.
| Nouhadibou - Découverte de la ville |
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| Nouhadibou - Rue commerçante, fantôme |
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Face
à la chaleur, et puisque les commerçant semblent touas avoir
pris la bonne décision d'aller se coucher sur l'heure du midi, nous
décidons de rentrer à l'auberge et de faire de même. Sagesse
africaine, quand tu nous tiens
Malgré l'ombre et les murs épais de béton, il fait encore
trop chaud pour trouver le sommeil. Alors on somnole, simplement. L'essentiel
est d'attendre que cela passe, tout en buvant régulièrement.
Et puis doucement, finalement, à maîtriser ses réactions
contre la chaleur et de lassitude, les yeux se ferment en attendant qu'une
heure plus clémente vienne s'annoncer.
Zzzzzz...
suite du la journée à Nouhadibou