NOUHADIBOU
(Port-Etienne)
Mauritanie
| Rue89 - Par Zineb Dryef | Rue89 | 22/08/2007 | 16H35 |
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(De Nouadhibou) Cest dEurope quils rêvent. Venus du Mali, du Sénégal, de Gambie ou du Nigeria, des milliers de migrants se pressent toujours à Nouadhibou, à l'extrême nord de la côte mauritanienne. Une hypothétique porte vers larchipel espagnol des Canaries (plus de 750 km les séparent). Les candidats au départ savent les ratés, les arrestations et les naufrages, mais ne parlent que de ceux qui ont réussi la traversée. Combien sont-ils ? Difficile à dire tant ces candidats au départ se confondent avec ceux qui disent être venus travailler à Nouadhibou, comme l'explique le père Jérôme Otitoyomi Dukiya, de la paroisse Notre-Dame-de-Mauritanie. \"Les Africains sont toujours venus ici. Pour trouver du travail et pour tenter la traversée. Certains sont là depuis une dizaine dannées et sont parfaitement intégrés. Dautres restent quelques jours, quelques mois et disparaissent. Ce sont ceux qui ont tenté de partir.\" Un recensement établi en 2003 par cette église spiritaine dénombre toutefois 6542 étrangers, dont plus de 1270 femmes. Des chiffres quon peut sans doute multiplier par deux, les étrangers comptés étant uniquement ceux que la mission catholique a accueillis. Les femmes. Le père Jérôme me tend son caméscope sur lequel il a filmé, la veille, la fête annuelle des migrants. Sur les images, un groupe de jeunes femmes vêtues de blanc. Elles dansent. \"Nigérianes.\" Il assène ça, puis ajoute que les Ghanéennes sont trop \"vieilles\" pour supporter la concurrence de ces nouvelles venues. Toutes se prostituent. Débarquer à Nouadhibou, cest se tromper. Tous sont arrivés pensant parvenir à quitter lAfrique pour aller \"là où il y a du travail\". Ils sont piégés par une ville cul-de-sac : lancienne Port-Etienne est impitoyable pour ces voyageurs qui, avant le grand départ, doivent travailler des mois afin de pouvoir se payer une place en pirogue vers lEurope. Des groupes armés qui sèment la terreur, un mari assassiné et une vie de misère. Cest ce qua quitté S., congolaise, originaire de Rutshuru, au Nord Kivu (RDC). Depuis un an, elle est coincée à Nouadhibou, vivant de laide de la paroisse et de quelques jobs. Elle parle des \"filles\", assure ne pas se prostituer. Il ny a pas de fatalité : une jeune Nigériane, raconte S., a été forcée à se prostituer. Elle a refusé, a travaillé plusieurs mois pour se payer un billet de retour dans son pays. Le rêve européen se sera interrompu pour elle en Mauritanie. S. croit quelle ne restera pas dans ce \"trou où il ny a rien\". Nouadhibou et ses 100000 habitants ne la séduisent pas. Son fils y est né mais elle ne veut pas quil grandisse dans ces traînées de sable. Même si elle admet un accueil moins hostile quailleurs, S. saccroche, jusquà lobsession, à lidée du départ. Et ces centaines de naufragés ? \"Il faut prendre des risques dans la vie.\" Son bébé dans les bras, S. reprend son récit. Sa voix ne tremble jamais, pas même lorsquelle parle de son mari décédé. Partir, partir, partir. S. na que ce mot à la bouche. Mais partir où, pourquoi ? Elle parle des Etats-Unis, lEurope ne sera quune étape de plus à son long exil. La France ? \"On dit quil ny a pas beaucoup de travail là-bas. On dit aussi que Nicolas Sarkozy naime pas les immigrés.\" Depuis trois ans, S. accumule les échecs. Elle sera parvenue jusquà laéroport de Londres avec un faux passeport sud-africain. Avant dêtre renvoyée en RDC. Cest là quelle a décidé de tenter la route de lAfrique de lOuest. (Voir la vidéo.)
A partir
de là, cest lattente. Aucune date nest donnée.
Le départ est souvent annoncé le jour même. Tous
les matins, ceux qu'on appelle les \"haragas\" (\"clandestins\"
en arabe) se réveillent ainsi avec l'espoir un peu inquiet que
ce soit enfin leur tour. http://www.rue89.com/2007/08/22/a-nouadhibou-mauritanie-lexil-sacheve-en-cul-de-sac |