NOUAKCHOTT
كشوط
-
GQNN -
11 mai 2007
La
nuit a été chaude. La peau est moite, et aucun vent ne souffle.
Le soleil tout juste levé, on décide de faire de même
afin de profiter de la toute relative "fraîcheur" matinale.
A l'arrière de l'auberge, on débouche sur une petite cour où
quelques clients prennent le petit déjeuner : baguette, confiture,
café. Nous les joignons. C'est l'occasion de rencontrer ces autres
locataires de l'établissement, tous des aventuriers avec chacun leur
histoire, leur parcours, leurs raisons et leur moyen de transport. L'un descend
jusqu'au Cap (Afrique du Sud) en vélo, sur 3 ans. L'autre a choisi
la charrette à âne pour son expédition. Cette fois, ce
ne sont plus nous les extra-terrestres!
Prêts à visiter la ville, nous sortons de l'auberge, en contemplant
la tente maure dressée dans l'avant-cour
| Nouakchott - |
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L'atmosphère
semble s'être dégagée un peu, le ciel est moins jaune
que le sol. On entame à pied une longue marche à travers la
ville, sans objectif précis, si ce n'est de découvrir la vie
qu'elle réserve, ses attraits, son caractère, sa réalité
quotidienne, ou du moins ce que l'on pourra en capter.
Dans le centre-ville, beaucoup de grandes artère poussiéreuses,
mais goudronnées, qui offrent au visiteur un mélange hétéroclite
de modernité, de pauvreté, de rudesse et de traditions. Il y
a autant de cafés Internet que de boulangerie dans un village français.
La comparaison s'impose, car leurs heures d'ouvertures nous paraissent tout
aussi imprévisibles. Les cellulaires ont également la cote,
à l'image de nombreux pays d'Afrique qui ont connu le saut vers la
téléphonie mobile sans être beaucoup passé par
un réel réseau d'infrastructures téléphoniques
traditionnelles. On comprend qu'aujourd'hui, planter des antennes sur les
toits de quelques immeubles revient bien moins cher que de relier chaque maison
à un central.
En même temps, une majorité de Mauritaniens portent la traditionnelle
tunique blanche ornée d'or. Cette draperie, qui se décline aussi
en bleu, est complètement standardisée. Les marchands en ont
des stocks pleins, et c'est a peu près les seuls vêtements offerts.
Non, j'oublie le short-caleçon bouffant assorti, fait du même
tissu, qui se porte sous l'espère de boubou. Le tissu dont sont faits
tous ces habits est particulier, brillant et rêche à la fois,
ressemblant un peu à un tissu épais et huilé. Pas forcément
très agréable au toucher, ni peut-être à porter
quand on n'est pas habitué, mais il faut reconnaître que l'apparence
de ces hommes ainsi habillés a quelque chose de solennel, qui impose
un certain respect. Peut-être cela a-t-il un lien avec une dimension
religieuse, jamais bien loin mais qui m'échappe malheureusement.
| Nouakchott - Habit traditionnel |
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Il
suffit de s'asseoir à une terrasse, pour constater, le temps de prendre
un thé à la menthe, la diversité des personnes allant
et venant dans les rues. D'abord les couleurs des vêtements, facilement
identifiables par catégories. Ensuite, la couleur de la peau, le type
des traits qui distinguent très nettement les différentes ethnies
majoritaires au pays. La Mauritanie est un véritable creuset, où
s'y côtoient les peuples Maures, Peuls, Wolofs, et bien d'autres encore,
mélangeant à travers les siècles des cultures venues
des quatre coins de l'Afrique.
L'habit plus traditionnel de certaines tribus Maures, c'est bien sûr
le chech noir et la toge bleue nuit. Mais en ville, les "hommes bleus
du désert" mélangent ces identifiants avec pantalons ou
chemise, presque indifférents au changement de cadre.
| Nouakchott - Homme bleu |
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Nous continuons notre route à travers la ville, en direction des marchés. Le premier que l'on rencontre s'appelle "Marché Capitale". Il est construit autour et à l'intérieur d'un grand bâtiment qui abrite la plupart des boutiques. Sans sauter aux yeux au premier abord, la ségrégation entre les hommes et les femmes est franche : au rez-de-chaussée, les hommes et leurs kiosques de sandales, draperies, chechs, bijoux. A l'étage, les femmes, vendant principalement des tissus multicolores et du matériel de couture. Sur les trottoirs, seulement, des femmes se mêlent un peu aux hommes pour proposer quelques boissons rafraîchissantes.
| Nouakchott - Marché Capitale |
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Les stands de vente de vêtements traditionnels sont nombreux, bien qu'ils vendent apparemment tous exactement la même chose. Stéphane et moi parcourons les boutiques et à la recherche de beaux tissus pour faire des chechs, noirs de préférence. Entre 700 et 1000 Ouguiya (2 à 3 Euros), on repart avec un bon cinq mètres de tissu. Pendant ce temps, Cyril magazine les costumes. Pas sûr qu'il puisse les mettre à Paris, mais qui sait. Aussitôt, c'est cinq ou six personnes qui commencent à lui faire l'article, lui montrent également d'autres affaires venues des stands alentours, démonstrations à l'appui. Difficile en Afrique de faire les boutiques pour le simple "plaisir des yeux!"
| Nouakchott - Au marché, Cyril négociant quelques vêtements |
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Sous
les toiles tendues qui recouvrent en grande partie l'intérieur du marché,
de nombreux bijoux sont exposés sur un carré de tissu, à
même le sol, Des créations en argent, en cuir, en bois, en pierres
plus ou moins précieuses. Quelques colliers attirent mon attention.
Je demande le prix, et commence machinalement à marchander. Surprise
: le vendeur se rassoit, visiblement pas prêt à négocier.
J'essaie ailleurs : même réaction : face à un prix trop
bas par rapport à leur proposition initiale, ils préfèrent
couper court plutôt que de lâcher les prix et s'abaisser au marchandage.
Cette réaction est très différente de ce que l'on avait
rencontré jusqu'ici, autant au Maroc qu'au Sénégal, où
certains marchanderaient toute la journée s'il le fallait, laissant
à vrai dire l'impression qu'ils ne le faisaient que pour le pur plaisir
de discuter, d'échanger. Ici, à Nouakchott, une sorte d'inaliénable
fierté fait automatiquement disjoncter toute négociation trop
serrée.
Je repars tout de même avec un beau collier rigide en argent, un cadeau
pour ma belle, laissée trois semaines plus tôt à Montréal,
et qui en ce moment doit sillonner la France sur les sentiers de Compostelle.
C'est sa première visite en France, une découverte qui lui fait
peut-être un peu oublier la distance qui nous sépare. Chacun
à la découverte du monde, fait et défait par le voyage
comme l'a bien résumé Jean-François Bouvier. Elle, en
plus, goûte le parfum de la solitude. Moi, celui de la communion avec
trois de mes meilleurs amis. On remportera chacun nos souvenirs, nos images;
nos silences aussi, l'impossibilité d'expliquer ce qu'on vit.
| Nouakchott - Vendeur de bijoux |
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La chaleur qui commence à vraiment devenir difficile à supporter; il est 11:00 passées. Il fait tout de même sensiblement moins chaud que la veille, mais la température doit être déjà à 40°C, à l"ombre. Malgré cela, et parce qu'on a pas deux fois la chance de faire une première visite de Nouakchott, nous continuons notre exploration vers une autre partie de la ville, où l'on trouve le repaire des étameurs et autres travailleurs du métal. Curieux de quoi cela a l'air, on s'approche et constatons l'inimaginable bidonville dont ce secteur est constitué. Dans ce qui a un jour dû être un parc, ont été construites d'immondes bicoques de tôle, très basses, toutes contiguës et recouvertes d'un grand toit commun fait de tôles rapiécées. Les différents morceaux qui constituent le toit sont retenus ensemble par un ramassis d'objets les plus divers, jetés pêle-mêle par dessus. Les quelques baraques qui ont la chance d'avoir un accès à la rue bénéficient d'une certaine lumière, toute relative. Les autres semblent vivre dans une obscurité complète, dans une chaleur sûrement intolérable sous leur toit de métal chauffé à blanc sous le soleil du Sahara. En s'approchant des échoppes, on y trouve un bric-à-brac indescriptible de tout objet métallique imaginable, raboutés, en morceaux ou peut-être en réparation. Le moindre cossin de fer disponible dans la rue fait la richesse des pauvres hommes qui vivent ou travaillent là. Sur leur visage se lit la dureté du quotidien et de leur passé. De ce taudis géant monte le vacarme des coups de marteaux, de scies et autres plaintes du métal - celle des hommes, elle, est silencieuse.
| Nouakchott - La sieste, déesse de l'Afrique |
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Un
peu plus loin, en continuant sur la gauche, nous débouchons sur un
autre marché. L'ombre qu'on y trouve nous offre encore un peu de répit
face au soleil qui continue à faire monter la température. Il
ressemble à un souk du Maroc, très coloré et regorgeant
de draperies et d'aliments variés, épices ou morceaux d'artisanat.
On arrive d'ailleurs à s'y perdre, l'un cherchant un foulard ou d'autres
colliers pour une blonde, l'autre s'en allant dans l'arrière boutique
pour qu'on fasse un ourlet express à son nouveau chech, les autres
enfin se séparant pour échapper aux assauts de vendeurs un peu
trop entreprenants.
Bref, c'est presque une heure plus tard que l'on se retrouve tous. A l'unanimité,
et sous un cagnard résolument trop fort pour nous, nous décidons
de mettre entre parenthèse les quelques heures les plus chaudes de
la journée, et d'opter pour une sieste à l'auberge. Ce qui fut
dit fut fait, et malgré l'atmosphère presque irrespirable, à
la fois saturée de sable et collant nos vêtements à nos
corps trempés de sueur, nous nous allongeons dans une demi-obscurité,
cherchant tant bien que mal un sommeil qui ne vient jamais vraiment.
Dans la chambre, chacun est allongé sur sa paillasse, torse nu. Pour
trouver l'apaisement et un peu de fraîcheur, on essaie de ralentir ou
d'adoucir sa respiration, de limiter l'excitation du corps, de faire le vide
dans nos têtes, d'oublier la chaleur, de la nier. Et rêver que
l'on dort.
| Nouakchott - La sieste, déesse de l'Afrique |
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Pour
tromper le sommeil qui ne viendra plus, je tente une escapade vers un café
Internet dans une rue proche de l'auberge. La climatisation que j'ai la surprise
d'y trouver me fait pousser un soupir de soulagement et m'incite à
rester plus longtemps que prévu devant l'ordinateur. Chacun son langage,
savamment dosé. Il y en aura pour toutes les sensibilités :
Un email à l'aéroclub Roger Janin : «jusqu'ici, tout va
bien.»
Un email aux familles, pour dire que «les paysages et l'émerveillement
sont au rendez-vous.»
Un mot à Benoît, le chef pilote : «malgré les tempêtes
de sable et quelques aléas du vol, on tient le coup.»
Et un dernier pour la douce, à qui je n'ai besoin que de rappeler que
«vivre, sans doute, c'est autre chose.»
De
retour à l'auberge, chacun est encore tapis dans l'ombre, retournant
doucement à la vie. D'un air dubitatif, on vérifie, sans conviction,
si l'air de Nouakchott à 16:00 a un peu gagné en fraîcheur.
Mouais...
Sur la porte des toilettes, une grande affiche d'un organisme de prévention
du SIDA. Malgré la gravité terriblement réelle de la
situation dont elle témoigne, elle soulève notre hilarité
par les pictogrammes on ne peut plus explicites qu'il présente.
.
| Nouakchott - Prévention du SIDA |
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Les
mises en situations décrites en bas de l'affiche en révèlent
énormément sur les croyances et les mentalités des populations
locales à qui cela s'adresse, donnant toute la mesure du travail à
faire au niveau de la prévention en Afrique, même si cela ne
dispense pas d'aller de paire avec un réel accès aux traitements,
chose qui est loin d'être acquise au niveau du continent :
ALLER A L'ECOLE = Sans
risques
ALLER TRAVAILLER = Sans risques
ALLER CHEZ LE COIFFEUR = Sans risques
ECHANGER SA BROSSE À DENTS = Risques!
FAIRE SA LESSIVE = Sans Risques
ECHANGER
SON RASOIR = Risques!
SE BAIGNER ENTRE HOMME ET FEMMES = Sans risques
COTOYER
DES ANIMAUX DOMESTIQUES = Sans risques
| Nouakchott - Prévention du SIDA |
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Malgré
quelques ennuis intestinaux dont on taira les détails et les noms,
tout le monde est prêt à reprendre la découverte de la
ville. Un taxi nous emmène au port, en re-traversant le centre-ville.
La circulation dans la capitale est particulièrement chaotique, et
l'on craint toujours de s'embarquer dans ce que la légende urbaine
appelle les "taxis tout droit". Il s'agit, d'après ce qu'on
raconte, de bagnoles à peu près aussi ruinées que toutes
les autres, mais à qui il manquerait jusqu'à la direction! Légende
urbaine?
Moins décorés qu'à Dakar, mais vraisemblablement dans
le même état, des minibus sillonnent la ville et offrant leurs
bancs à quelques intrépides, s'agrippant parfois en grappes
aux portes arrière où officie généralement le
"contrôleur" de service. Quand les portes manquent, la capacité
de l'engin baisse nettement; mais il continue quand même son parcours
dans la ville. Quant à savoir où il va, nul ne paraît
s'en soucier vraiment...
| Nouakchott - Autobus de ville |
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Le port est séparé de la ville par quelques kilomètres de terrain vague, où pointent quelques dunes embryonnaires, ainsi que, ça et là, des poignées de constructions jamais achevées. Partout, à l'infini, tout est plat, mortellement plat, comme écrasé par un soleil de plomb. Un homme, pourtant, en jogging Adidas, court dans la poussière le long de cette longue route de terre.
| Nouakchott - |
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La
visite du port est moins enthousiasmante qu'on ne l'attendait. Il est trop
tard, et la période d'affluence et de grande vente du poisson est passée.
Restent quelques pêcheurs fatigués, quelques poissons suffocants,
un âne mort sur le bord du chemin, et des embarcations qui n'attendent
que le lendemain pour reprendre la mer si poissonneuse du littoral mauritanien.
Nous décidons de repartir en ville, et pour cela embarquons dans un
taxi super chouette qui me rappelle ma première voiture, ou plutôt
celle de mes parents, sur laquelle j'ai fait mes classes : la Renault 4, ou
" Quatre Ailes ". Sauf que celle-ci a traversé les époques
et les continents, et ça se voit, malgré les speakers d'ordinateur
installés à l'arrière.
| Nouakchott - Taxi 4 ailes |
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Revenus en ville, nous nous arrêtons manger un morceau à une terrasse. Situation idéale pour - discrètement - se livrer à une séance de "shooting" photo, au télé-objectif. Technique classique du «je met mon ami dans le champ de la caméra, mais je vise à côté de sa tête». C'est un moyen pratique, et somme toute discret, de capter la réalité d'une scène, sans l'influencer par notre présence. Car comme en mécanique quantique, le simple fait de mesurer, d'exister en tant qu'observateur dévie les regards, change des habitudes, altère les comportements, et crispe même les visages. Je pourrais faire cela des heures durant. «Voleur d'images!»diraient certains. Oui, en un sens. Mais tout dépend de ce que l'on en fait, comment on regarde cette image, par la suite. Capter ainsi la diversité du monde qui nous entoure, relever un détail, saisir un regard donne à la photo, et surtout au photographe, une dimension particulière, une densité rare.
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Capter
l'instant; c'est exactement de cela qu'il s'agit. L'appel de l'Immam, du haut
des minarets. Un homme se prosterne tout près de nous, sur le trottoir.
Recueillement.
| Nouakchott - Prière |
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Au
terme d'une longue journée, rattrapés par la faim, nous déambulons
en ville à la recherche d'un restaurant qui comblera nos estomacs.
La variété n'étant pas vraiment au rendez-vous, c'est
sans conviction, mais lassé de chercher, que nous finissons à
la nuit tombante dans une petite gargote perdue, dans le soubassement d'un
immeuble, longeant une galerie puant la pisse de chat.
Malgré ses airs insalubres, l'intérieur est accueillant et plutôt
correct. Une télévision diffuse Euronews, et nous connecte subitement
avec les nouvelles du monde, que l'on avait laissé à Dakar avec
l'élection de Nicolas le Grand. C'est étrange comme on peut
vivre des jours, des mois, sans avoir aucun idée de ce qui se passe
"d'important" dans le monde. Mais aussitôt qu'on s'y reconnecte,
un courant passe, une habitude est retrouvée, et notre bulle de douce
ignorance éclate.
Sur ces considérations, les plats arrivent, fameux, et bien servis.
Nous sommes rassasiés. En sortant du restaurant, la chaleur est tombée,
ne laissant derrière elle qu'une agréable traînée
dans la tiédeur du soir. On se croirait à Marseille ou Montréal
un soir d'été. Nostalgie.
Avant
de rentrer à l'auberge, et parce qu'il n'est que 21:00, nous entrons
en face prendre des thés à la menthe et une chicha. A demi allongés
sur nos divans arabisants, on se laisse porter par les effluves du tabac,
et par les mots de "Courrier Sud", que l'on se lit à voix
haute, ménageant quelques pauses pour méditer, nous aussi, au
coeur du désert.
«Berger infidèle, tu as dû t'endormir»
| Nouakchott - Une sieste après la shisha |
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Nous
rentrons à l'auberge en passant dans la cour, où plusieurs voyageurs
discutent et partagent quelques anecdotes. Un tour à la douche, et
je rejoins les autres. Sans trop savoir, j'arrive au milieu d'une histoire
un peu louche de revente de camions, et l'innocente photo du soir que je prends
attise la méfiance et quelques méchants mots du conteur. Visiblement,
on peut avoir les oreilles ouvertes, mais mieux vaut parfois fermer les yeux.
C'est ce que je fais sur cet incident, et tombe de sommeil sur ma paillasse.
Les autres ressortent une dernière fois en ville à la faveur
de la nuit; infatigables.
| Nouakchott - Derrière l'auberge La Menata |
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Demain déjà on quittera la capitale, et c'est Nouadhibou qui doit nous accueillir.
12 mai 2007
Lever 5:00. Dur. Il fait encore chaud dans la chambre, mais heureusement, bien meilleur à l'extérieur. C'est justement pour profiter de cette fraîcheur en vol que nous mettons si tôt les voiles, direction Nouadhibou. Nous y avions fait escale à l'aller, juste le temps de refaire le plein, avant de repartir sur Dakar. Cette fois, nous aimerions y passer plus de temps, et si la météo nous le permet (inch-allah) nous y passerons au moins la nuit.
Sans
bruits, nous sortons de l'auberge pour mettre notre plan à exécution.
On se sent comme des voleurs, bien que nous ayons payé à l'arrivée.
Le jour n'est pas encore levé, même si le ciel commence à
doucement s'éclaircir. Les rues de Nouakchott sont calmes, vides. Comme
si la ville avait été abandonnée à l'appétit
des sables. Concrètement, pas un taxi en vue; alors sacs sur le dos,
nous marchons dans la direction approximative de l'aéroport, au milieu
de rues désertes.
Soudain nous nous arrêtons net : à cent mètres devant
nous, le carrefour est barré par une jeep de l'armée surmontée
d'une énorme mitrailleuse. Les militaires nous aperçoivent,
nous commandent de nous arrêter. Dans ce temps là, on se débrouille
en toutes les langues. Trop loin pour vraiment converser sans risque de confusion,
nous comprenons vite qu'il vaut mieux ne pas traîner ici, et oublier
tout ce qu'on aurait pu voir - rien, en fait. Nous quittons donc les lieux,
calmement, tout en suivant leur réaction d'un regard soumis, comme
nous l'aurions fait face à un ours ou un gros orignal surpris au milieu
du bois. Après un large détour pour retrouver notre direction,
nous soufflons enfin, doucement, tout en restant vigilants si une autre surprise
matinale venait à nous cueillir.
À encore quelques kilomètres de l'entrée de l'aéroport,
nous trouvons un taxi qui nous embarque pour la fin du trajet. De retour à
l'avion, et comme c'est devenu l'habitude, Cyril et Stéphane s'occupent
de réorganiser l'espace intérieur, de sortir le matériel
dont on aura besoin et de ranger au mieux le reste dans l'étroite cabine
du Robin. Pendant ce temps précieusement gagné, Manuel et moi
nous occupons des formalités administratives, plan de vol, taxes, négociations,
bakchich et météo. Bien que notre demande réveille visiblement
le météorologue, il nous sort assez vite les observations et
précisions, additionnées d'encourageantes explications : nous
sommes sur le point de quitter la zone où sévit la tempête
de sable. L'atmosphère se dégage et cent kilomètres plus
au Nord, la visibilité devrait être revenue à des standards
occidentaux. Ensuite, jusqu'à Nouadhibou et plus au nord, CAVOK, Sky
Clear.
Le marchandage des taxes s'avère plus problématique. À
6:30 du matin, l'employé n'est pas des plus coopératif, et il
essaie de nous en passer une petite vite, l'air de rien, sur le nombre de
passagers, et surtout en nous faisant casquer pour les lumières de
pistes qu'il aurait selon lui, fait allumer pour nous deux jours avant. On
tient tête, lui explique qu'à notre arrivée, nous n'avions
pas demandé le moindre éclairage, que c'est l'A319 d'Air France
qui l'a fait, et que de toutes façons, nous étions légal
d'atterrir sans lumières de piste à notre heure d'arrivée,
le soleil n'était pas encore couché depuis trente minutes. Imbroglio
sur l'heure officielle de coucher du soleil (une fausse table des heures doit
lui servir d'excuse habituelle). Je propose qu'on réécoute les
bandes d'enregistrement des conversations téléphoniques, voire
qu'on contacte le pilote d'Air France. Il hésite. Je lui demande son
nom, et celui de son boss. Il cède. On s'entend pour mille cinq cent
Ouguiya, et pas de taxes de passagers. Deal.
Décollage finalement à 7:20, entièrement effectué par Cyril -Manuel est en backup à gauche, au cas où. Le retour à une bonne météo laisse enfin plus d'opportunités à Cyril et Stéphane pour passer devant et parfaire leur formation pratique de pilote.
| Nouakchott - Départ matinal et survol de de la ville |
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Juste
autour de la ville, les dunes cernent les habitants. Pas de ceinture verte
ici, et le sable semble prêt à engloutir la capitale - a moins
que l'océan ne le fasse avant. Tout est tellement plat, infiniment
plat à perte de vue qu'un battement d'aile de papillon semble suffisant
à engloutir la région au complet sous les éléments.
L'atmosphère se dégage graduellement, et malgré une légère
brune qui colore encore un peu le ciel, nous montons au FL85, altitude à
laquelle a maintenant grimpé la couche de sable. Passons les points
de report N2, puis N (November), et enquillons sur la radiale 350° qui
nous mène droit à Nouadhibou.
| Mauritanie - Survol des dunes, après décollage de Nouakchott |
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Sous
ce soleil matinal, notre avion redevient ce point singulier qui vient troubler,
misérable moucheron, l'infini du triptyque Ciel - Sable - Océan.
Autour de nous, ce sont des espaces vierges et purs d'une immensité
qui dépassent toute capacité de cognition humaine. Seules les
glaces polaires, peut-être, pourraient rivaliser de vide absolu.
Alors que nous remontons vers le Nord, c'est sans autres moyens d'accroche
que les yeux et la mémoire que nous nous enivrons de ces paysages,
auxquels il faut déjà dire au revoir. Quand on descend depuis
le Maroc, et en subjugué par l'aridité des déserts de
pierre du Sud Marocain. Puis par les croûtes de sable du Sahara occidental.
On croit tenir dans son objectif l'absolu du désert. Mais si l'on continue
encore, toujours plus au Sud, c'est entre Nouadhibou et Nouakchott que peut-être
l'impression est la plus saisissante. Et encore, nous ne pouvons parler que
de la côte! Qu'en est-il des quatre mille autres kilomètres du
Sahara qui s'étendent à l'Est? Des déserts blancs, des
dunes immenses, des plateaux désertiques, des pierriers sans limites...
? L'oeil et l'esprit sont toujours perdus entre l'infinie étendue des
déserts, et leur infinie variété.
Désert insaisissable, il croît avant tout en chacun de ceux qui
l'on approché, et l'ont aimé.
| Maurtanie - Le ciel, le sable, et l'océan |
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Cyril, sur le siège de droite, s'habitue graduellement à l'avion. Sa prise en main devient plus souple avec les heures. Il devient vite autonome, et nous permettrait presque une petite sieste puisqu'il tient tout seul son altitude et sa radiale VOR. Le grand beau temps revient, et la visibilité retrouvée laisse le discret relief du sol nous redonner un brin de réalité.
| Mauritanie - A bord, l'atmosphère est détendue, le ciel enfin clair |
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