LAÂYOUNE ﻥﻮﻴﻌﻟﺍ
- GMML -

 

14 mai 2007

6:00, le réveil sonne. Hier soir, on pensait que la zone était à l'heure du Maroc, mais non : c'est GMT + 0. Il est une heure trop tôt, et la fatigue de la veille n'est pas encore effacée; c'est la tête des mauvais jours que l'on rencontre dans le miroir. Débarbouillage rapide et l'on refait les sacs. La ville est morte. Évidemment, à cette heure là, les fêtards croisés la veille sont encore au pieu. Par chance, une pâtisserie locale est sur le point d'ouvrir au coin de la rue, et nous y trouvons un havre pour manger quelques douceurs et faire des provisions pour l'avion, Nous prenons le temps d'y entamer la journée, boire un thé, un jus, et repartir du bon pied pour ce qui a priori doit être nos derniers ébats dans les sables du Sahara.
Requinqués, nous marchons tous les quatre en direction de l'aéroport, mais comme anticipé, il n'ouvre qu'à 8:00; il faut donc poiroter devant en attendant le lever des militaires. Cyril et Stéphane en profitent pour expédier tout notre stock en surcharge par la poste : les masques, et quelque cinq kilos de chechs (ou "sess" pour certains) qui excèdent le bilan de masse très serré de l'avion.
Finalement, après cinquante minutes d'attente, nous pouvons rentrer dans l'aéroport, et passer aux procédures de douanes. Reste aussi à payer le complément de taxes, pour les deux passagers déclarés (autant que possible, on essaie toujours de déclarer deux pilotes et passagers, puisque les pilotes ne payent pas de taxes d'aéroport. L'astuce marche souvent, bien qu'un petit coucou comme le notre ne requière officiellement qu'un seul pilote).
Vue l'heure tardive à laquelle nous finissons toutes ces procédures préparatoires, nous devons décaler, par radio depuis l'avion, notre plan de vol. Nous avons de retard sur notre horaire prévu, et décollons finalement à 10:30Z. Pas très productif comme matinée.

Stéphane taxie l'avion jusqu'au seuil de piste, mais les ronds et les zigzags qu'il fait sur le tarmac doivent laisser croire à la tour que c'est de l'alcool que le pilote aux commandes a dans les veines! Message radio à l'attention du contrôleur, histoire de s'excuser (et de se justifier, un peu). A la décharge de Stéphane, je dois admettre de ma propre expérience que les commandes au sol du Robin sont particulièrement malcommodes, instables et peu intuitives. Mais faut bien s'y habituer.
Il se reprend au décollage, qui se passe sans anicroche. On monte droit au FL95, où se trouvent des vent favorables. Dans deux heures et une vingtaine de minutes, Nous serons à Laayoune.

En dessous de nous, les falaises qui bordent la côte rétrécissent; le désert ressemble alors à une mince plaque de chocolat, brisée dans sa longueur, flottant entre deux océans bleutés.
Les quelques irrégularités du terrain disparaissent pour ne laisser que quatre plans absolus, aux couleurs invariables : (cf. le merveilleux site http://pourpre.com pour enfin mettre les mots sur les couleurs que vous avez dans la rétine ou dans la tête)
- le désert, jaune bis [Écru.
Du champ chromatique jaune. Du même domaine: sable, sinople, tanné.]
- l'océan, bleu paon [Bleu moyen tirant un peu sur le vert, mais moins que le bleu canard]
- le ciel, de bleu azurin à lapis-lazuli [Bleu intense, bleu azur profond, de la couleur de la pierre semi-précieuse du même nom]

- notre aile, blanche ivoire [Blanc laiteux, ou très légèrement gris-jaunâtre comme le vieil ivoire patiné]

Sahara Occidental - Entre Dakhla et Laayoune

Ces digressions chromatiques semble avoir un effet soporifique sur certains passagers; il est vrai que ce long vol désertique laisse du temps libre pour finir sa nuit, ou juste somnoler un peu tout en se protégeant des rayons du soleil qui menacent la peau à travers les vitres. Dans les casques, pas grandes nouvelles des Canaries ou du contrôle de Dakhla ni de Laayoune. Alors afin d'égayer cette traversée des sables, on fait jouer dans les casques l'enregistrement de plusieurs extraits de "Terre des Hommes" et de la biographie de Mermoz par Joseph Kessel. Ces enregistrements ont été réalisés avant le départ, par ma mère, à la manière dont on crée des livres audio pour les aveugles. Pour nous, à bord, cette plongée dans le récit prend bien sûr une dimension, un ancrage unique.

Sahara Occidental - Déjà l'heure de la sieste?

Cyril, Manuel ou Stéphane complètent durant le vol ces récits par la lecture de quelques livres, dont évidemment le Petit Prince. Comme mon estomac ne me permet pas vraiment de lire en avion, je profite simplement de ces lectures et me mets à rêver, pour à la fois revivre et partager la magie de ces mots, sentiments et histoires qu'ils mettent en scène.
Il faut avouer qu'avec le décors qui défile sous nos ailes, la planète du Petit Prince n'a soudain plus trop l'air si étrangère.

Sahara Occidental - Dernière lecture, et retour dans ton pays natal

Pour rejoindre Laayoune sans détour, on coupe par le sable en suivant la route sur les derniers cinquante kilomètres. Rectilignes, vides, brûlés par le soleil. Sur cette heure du midi on ne croise même pas une voiture.

Sahara Occidental - Sur la route

Au dessus de nous quelques cirrus commencent à barrer le ciel de leurs longs fils blancs. En dessous, de petits cumulus semblent vouloir se former. Loin d'être une menace pour nous, ces nuages sont même les bienvenus pour échapper un peu à la canicule aujourd'hui.

Sahara Occidental - Dans quelques dunes, on sera à Laayune

Aussi perdue qu'à l'aller, la ville de Laayoune se dessine bientôt devant nous. A mesure que nous descendons sur elle, quelques turbulences secouent l'avion. Stéphane s'aligne pour la piste, et malgré un bon tabassage en courte finale, s'en sort bien, conserve le contrôle et pose l'avion sous le regard des militaires marocains et du personnel de l'ONU, au loin sur le tarmac. Applaudissements à bord, mieux que chez Air France. Il arrête l'avion, et par radio, je demande l'avitaillement.

Sans perdre de temps, j'ouvre la verrière et balance mes chaussures, fidèle à l'habitude. Je saute ensuite de l'avion, et pars m'occuper du plan de vol et de la météo avec Manuel. On salue le personnel rencontré il y a déjà presque deux semaines. Eux se rappellent de nous, c'est sûr! Cela facilite les démarches, puisque ils ont désormais dans leurs dossiers toutes les références nécessaires sur l'avion comme sur ses occupants.
On prend également soin de noter les "nouveaux" points de report, tels qu'indiqués sur la carte scotchée au mur du baraquement. Si l'on ne veut pas se mettre l'armée à dos, Il faudra consciencieusement les respecter jusqu'à notre arrivée, ce soir, à Ouarzazate.

Cyril et Stéphane s'occupent de superviser l'avitaillement, et l'on s'assoit quelques minutes sous l'aile pour grignoter un petit quelque chose : des restes des derniers jours, qui ont vaillamment résistés aux pics de températures. On finit les dernières sardines emportées de France. Tout cela n'est pas forcément fameux, mais il faut bien les finir, et les grosses réserves de nourriture et d'eau vont dès ce soir devenir moins utiles à transporter, puisque les zones les plus arides seront derrière nous.

Prêts à repartir, tout le monde monte dans l'avion, Cyril passe aux commandes, sur le siège de droite. Mais avant de fermer la verrière, un Antonov de l'ONU vient se garer à nos côtés. Nous l'observons, impressionnés. On s'attend à en voir sortir quelques vieux casques bleus en tenue de combat... mais au lieu de cela, c'est une ravissante jeune femme à la plastique avantageuse qui débarque, et se dirige vers nous. Quatre paires d'yeux la déshabillent. Un homme arrive et nous demande, avec un fort accent russe, si elle peut monter à bord de notre coucou. Éberlués, on accepte ... volontiers! Cyril descend, elle s'installe. Elle semble également venir de l'Est. Cyril fait quelques photos d'elle, tout sourire, à bord de notre frêle esquif. Elle repart, ravie.

Laayoune - Base militaire ... non sans surprises

Nous, plutôt peu surpris, nous réinstallons, refermons la verrière, et repartons pour de nouvelles aventures, direction Ouarzazate - ou Agadir au pire, si les vents sont trop contraires.

Mise en route, routinière. Cyril procède à un décollage sans histoires, et monte vers le FL95, comme toute à l'heure, puisque les vents y étaient en notre faveur.

Laayoune - Nous quittons l'oasis

Petit emplafonnage de la zone des Canaries, qui débute au FL55. Non sans mal, nous les contactons et présentons nos excuses, tout en continuant montée. Les cumulus se multiplient, moutonnant tranquillement entre le sable et nous.
La météo de Laayoune donnait un temps relativement beau jusqu'à Agadir, et quelques cellules orageuses sur les montagnes. Nous verrons bien. Pour le moment, nous sommes ravis d'enfin retrouver un peu d'humidité dans l'air, et quelques mottons de ouate qui s'égrènent dans le paysage.

Laayoune - Poursuite au Nord vers Tarfaya

Dans quelques minutes, nous recroiserons Cap juby. J'ai demandé aux militaires de Laayoune si un passage basse hauteur serait possible - comprendre : autorisé - , mais ils ont aussitôt poussé des hauts cris, me dissuadant de (re)tenter l'exercice. Des fois, il vaut tout simplement mieux ne rien demander...

suite du voyage... Cap Juby