LAÂYOUNE ﻥﻮﻴﻌﻟﺍ
- GMML -

(2 mai 2007)

C'est au terme d'une bien longue journée de vol que l'on rejoint enfin Laâyoune (ou El-Aaiún, c'est selon), ville improbable isolée au milieu des sables, à 15km de la côte. Ville militaire, base de l'ONU, point de contrôle du Sahara Occidental.

Laayoune - Ville du désert

Durant la préparation de ce voyage, j'avais toujours considéré Laayoune comme un simple poste militaire avancé, habité par une poignée de soldats marocains envoyés là-bas comme en exil. Jamais je n'aurais soupçonné l'existence d'une véritable ville aux ampleurs de capitale du désert, habitée par des dizaines de milliers de civils et disposant de tous les attributs d'une cité conventionnelle. Certes, militaires il y a. Personnel de l'ONU aussi. Mais en dehors de l'aéroport, ils semblent (presque) s'évanouir et se fondre parmi les habitants. Et pourtant, ils veillent.

Laayoune - Lac de sel

De Tarfaya à Laayoune, il n'y a qu'une demi heure de vol. Une demie heure où l'on s'éloigne très progressivement de la plage pour la première fois. On se prend tout de même à garder un oeil à droite sur la côte, rassurante, toujours en vue. Sur la gauche, on longe d'immenses lacs de sel, d'un blanc aveuglant. On ferait bien un petit tour au dessus, mais nous nous rapprochons de Laayoune et les militaires doivent déjà nous avoir au radar. Il vaut mieux respecter notre plan de vol pour le moment... Des images traversent la tête. Les souvenirs de tant de lectures font surface. Des conseils de nos lointains prédécesseurs sur ce même parcours. Des tableaux, des détails, des mises en garde vieilles de 70 ans sur les pièges ouverts de ces minces croûtes de sel qu'on prendrait bien pour piste d'atterrissage, et qui recouvrent une boue fangeuse. Images du désert, indices qui s'enchaînent pour lentement nous replonger dans le rêve, la réalité, l'histoire de l'Aéropostale. Reconstruction à l'identique d'un monde fantastique qu'on a rêvé cent fois. On construit bien des univers Disney pour les enfants, en Floride ou à Marne-la-Vallée? Moi j'ai ma "Ligne" grandeur nature, et ne serait même plus étonné d'y croiser un Roig, un Rozès, un Collenot ou un l'Écrivain au détour d'une escale.

Laayoune - Quelques dunes avant la ville

A mesure qu'on s'approche de Laayoune, c'est aussi c'est l'occasion de survoler d'énormes dunes de sable, étendant leur long croissant un peu au hasard sur le sol aride et pierreux. Impossible de réellement estimer leurs dimensions, car il n'y a aucun moyen de comparaison : les buissons, les roches sont les seuls autres éléments du décors, et même en descendant très bas, impossible d'avoir une notion d'échelle.
Les conseils de mon chef pilote me reviennent en mémoire : "méfie-toi des dunes de sable, elles peuvent te faire perdre la notion de hauteur, de distance. Tu ne distingueras leur forme réelle qu'à condition qu'elles se découpent sur l'horizon - et à ce moment, il risque d'être déjà trop tard."
Prudents, nous restons donc à hauteur raisonnable au dessus .

Laayoune - Capitale du désert

Quelques échanges radio avec les militaires de Laayoune, et nous voilà alignés sur la ville, dont on distingue déjà la piste. La voilà enfin, en contrebas. Elle se révèle dans toute son étendue, et cesse de n'être qu'un point abstrait sur une carte au milieu des sables. Le seul point de verdure dans ce paysage semble être le stade de football municipal. Aussi, un improbable cours d'eau traverse le paysage en limite Nord de la ville, et une retenue artificielle donne d'un coup un aspect verdoyant à une étroite zone de sable. Une oasis est née, et à force d'acharnement, la vie a pris naissance, improbable, dans cette région que rien ne destinait à voir fleurir. Les hommes s'y sont ainsi multipliés et entassés autour de cette source d'espoir, de survie. ils ont même délaissé la côte, à une quinzaine de kilomètres, pour fonder cette ville au creux des sables, et balayée par les vents.

Laayoune -l'oasis source de vie

Sans trop laisser paraître dans les communications radio que les autorisations d'atterrissage ne nous avaient jamais clairement été données et que le préavis de 48H était resté lettre morte, on se présente au dessus de cette énorme base pour enfin toucher terre. Cordialement, on nous invite à aller chercher une vent arrière main gauche pour la piste 02 droite, tout en évitant le survol des zones "sensibles". Tout le monde a bien hâte d'atterrir, et la présence de plus en plus insistante de la chaleur en ce début d'après-midi y est pour quelque chose. Enchaîner deux étapes en une longue matinée laisse des traces, et pas seulement sur nos oreilles rabougries sous les coussinets des casques!

Laayoune - Base militaire avant tout

A pas de funambules, on s'apprête à poser les roues sur cette bande d'asphalte, unique place autorisée à des centaines de kilomètres à la ronde. Et encore, attention! Il faut encore choisir la bonne piste, et soigneusement éviter le survol de la base militaire qui l'entoure (80% de l'aéroport). Mettant les deux pieds dans le plat, une légère confusion nous entraîne verticale de la piste réservée aux militaires, qui s'essayent à faire démarrer le réacteur d'un vieux chasseur des années 1960. Chut, nous n'avons officiellement rien vu ni rien entendu.

Laayoune - Finale 04 en plein désert

Formalités de rigueur, accueil réservé des militaires avec dans leur cortège le pompiste de la base, et en toile de fond des avions russes marqués du cigle des Nations Unies. Malgré la tension latente, les relations sont cordiales, et plus détendues qu'on n'aurait cru. Notre candeur et les belles couleurs de notre avion tranchent avec le quotidien pas toujours gai de cet aéroport, où dominent le kaki, le sable et le blanc.

Laayoune - Avions de l'ONU

Pour le moment, l'essentiel est de faire le plein. Complet évidemment. Et encore, on ne sait pas si cela va suffire. La question de l'essence a été au coeur de la préparation de cette aventure, et à elle seule a failli remettre en cause une bonne partie de nos plans. Le problème est simple : PAS D'ESENCE A DAKHLA - notre prochaine étape.

Ah, du Jet-A1, pas de problème. Mais de l'AVGAS 100LL, nada. Même en demandant directement aux militaires marocains qui contrôlent la base, ça ne passe pas. Il faut trouver d'autre moyen.
Les organisateurs du "Rallye Toulouse - St Louis" utilisent, eux, les avions les plus puissants du convoi pour emporter des bidons d'essence depuis Laayoune, et permettre un refuel à Dakhla. Mais dans notre cas, nous sommes déjà quatre à bord, plus tout notre matériel de camping, toilette, médical, nourriture et réserves d'eau potable. Autant dire qu'il est exclu de tenter d'y ajouter le moindre bidon supplémentaire!
Alors on a cherché d'autres solutions. Une route alternative aurait pu nous emmener à Zouerat, dans le Nord-Est de la Mauritanie. Un aéroport existe, pour desservir l'immense mine de fer qui s'y trouve. Avec un peu de chance, un des riche propriétaire ou exploitant de la mine aurait un coucou comme le nôtre, et donc y entreposerait de l'essence que nous pourrions lui quémander? Mais après de nombreux coups de fil, cette voie semble sans issue.
Alors pourquoi ne pas faire venir un bidon d'AVGAS depuis Nouadhibou? La mythique ligne de chemin de fer Nouadhibou - Zouerat parait idéale pour faire transiter un fût de cent litres. De nouveau coups de fils, un contact à Nouadhibou qui se propose de mettre dans le train un bidon pour nous - sans garantie de ce qui lui arrivera une fois rendu au bout de la ligne. Le prix de cette solution monte tout de même à 3.5EUR/L, et les risques sont grands de ne rien trouver à l'arrivée. Zouerat est en plus à la limite de la "Zone Rouge", un secteur de la Mauritanie décrit comme "sensible" depuis quelques temps, politiquement parlant. Et de toutes façons, l'idée de couper droit en plein désert sur 500km me tente peu; je préfère mille fois la sécurité (toute relative et illusoire) d'un survol de la côte.
Après des mois de tergiversations et coups de fil infructueux, nous avons décidé d'au pire aller jusqu'à Laayoune et de renoncer à la partie Sud du périple. Ou, puisque l'équipage est constitué des amis les plus aventuriers que je connaisse, de tenter de se séparer en deux équipes : une qui convoie de l'essence depuis Laayoune ( à l'aller), et l'autre qui emmène l'avion jusqu'à Dakhla. Même schéma au retour, de Nouadhibou à Dakhla. On risque d'y perdre du temps, mais le tout est de se rendre - et d'être capable de revenir.
Et puis au milieu de toutes ces options, reste en suspend celle qui paraît encore la plus évidente à beaucoup : pourquoi ne pas tenter de rallier d'un trait Nouadhibou, sans atterrir à Dakhla? Mathématiquement, ça passe. 4h40 d'autonomie indiquée. 115kt de moyenne. 450 nautiques à parcourir si l'on suit la côte. Un peu moins si on ne survole pas Dakhla. Sauf qu'en cas de problème à Nouadhibou, pas de repli possible. En cas difficultés météo, pas de plan B une fois passé Dakhla. Et en cas de vents défavorables, les dernières gouttes de pétrole vont être chères.

Laayoune - Un avitaillement plus important que d'ordinaire

En attendant de prendre notre décision, on vérifie minutieusement l'opération de remplissage des réservoirs - plus pour les "erreurs" de comptabilité que pour la satiété de l'avion. En effet, pas de risque que le pompiste oublie de les remplir raz la gueule: systématiquement, à chacun de nos avitaillement sur le continent Africain, la fin du plein est marquée par le débordement de plusieurs litres d'essence, qui forment une dangereuse marre sous l'avion, avant de s'évaporer quelques minutes plus tard sous les assaut du soleil. Bref, tout ça pour dire qu'avec les quelques litres sur le tarmac, nos doutes étaient une fois de plus évaporés, eux aussi.

Comme nous décidons de passer la fin de journée en ville, et la nuit dans un éventuel camping, nous faisons nos sacs et embarquons dans deux petits taxis - puisque le modèle bleu ne prend que trois passagers max - et nous nous retrouvons bien vite sur la place centrale, sous les yeux méfiants de quelques passants. Une petite place ronde, cerclée d'arbustes. Autour, les magasins semblent endormis pour la plupart. Il est 14h00, il faut dire. En son centre, un restaurant nous permet de se remplir l'estomac et de reposer un moment nos carcasses, sans oublier de prendre nos comprimés contre le paludisme. On se relit des passages de Courrier Sud, tremblant déjà en pensant à demain, au Rio de Oro, au sable, à l'histoire de la Ligne. À ces hommes qui comme nous prenaient le thé, incognito, avant de s'élancer au dessus des sables. La musique, trop forte, nous assourdit et nous devons demander, gênés, d'épargner nos crânes en baissant le volume. Suis-je le seul anxieux pour demain? Mes camarades partagent-ils ce stress, cette lancinante appréhension du lendemain, de la traversée qui nous attend, des inconnues qui peuplent les jours à venir?

Laayoune - Une pause autour du thé

Afin d'échapper à la chaleur du début d'après-midi, nous avisons un café/pâtisserie au coin de la place. Les douceurs au miel fondent sous nos appétits sans borne, et les parfums du thé à la menthe se savourent avec délice. Autour, rien ne bouge. En face de nous, un homme seul est adossé à un vieux baby-foot. Un autre aux traits sombres passe sur le trottoir, vendant quelques cigarettes (à l'unité) aux habitués du quartier. Avec nos sacs à dos et nos têtes de colons, il nous ignore royalement. Puis deux femmes, partiellement voilées, traversent la rue, l'air visiblement heureuses. Et doucement, les gens se regroupent près du petit café, qui devient le centre d'attraction de la place : en effet il dispose d'un écran et diffuse un match de la Champion's League de football! Dans cette torpeur, une petite vie s'anime doucement, peuplée de rituels et d'habitudes. Comme une clairière que l'on commence à voir s'animer et reprendre sa vie quand on prend le temps de s'y poser et de faire oublier sa présence.

XXXXX - Notre ami d'un jour

Après une petite ballade dans les envions et l'envoi d'un email rassurant aux familles et au club, le match s'achève et nous reprenons à pied notre chemin. L'objectif pour la soirée n'est pas clair, et nous comptons bien nouer contact avec quelques citadins pour nous éclairer sur les options de camping possibles. Dix minutes plus tard, en sortant d'une petite épicerie avec quelques victuailles et plusieurs bouteilles d'eau, Cyril est déjà en train de se faire un ami en la présence de XXXXXX. Ce dernier nous raconte son histoire, sa vie, et chemin faisant après un simple coup de fil, il nous guide vers un point de rendez-vous où son ami doit passer nous prendre en grand taxi et nous emmener au camping de Laayoune-plage.
L'attente qui s'en suit nous permet de profiter d'un coucher de soleil qui donne une couleur chaleureuse à cette ville perdue. Et puis finalement il est là, ce grand taxi! Une veille Mercedes, évidemment, comme des centaines d'autres, repérables par leur couleur bleu ciel de rigueur. Pour les voyants, la radio ou le compteur de vitesse et autres futilités, on repassera; ici, on va à l'essentiel. Et ça roule ainsi. La nuit tombe très vite et nous roulons hors de la ville sur une bande d'asphalte qui fait penser à un câble de funambule qui oscille au gré des camions que l'on croise et qu'on évite de justesse en roulant dans les graviers. A part les incessants contrôles de police, rien ne saurait arrêter notre course.

En arrivant au port à une vingtaine de kilomètre de la ville, notre envie de sortir s'y balader et acheter un peu de poisson pour le souper se heurte au NON des policiers de faction. Il faut dire que la région est sous haute surveillance, et la plus grande crainte des autorités est de voir des voyageurs clandestins s'embarquer sur l'atlantique pour tenter de rejoindre les îles espagnoles des Canaries, et ainsi gagner l'Europe. La pression est donc forte de la part de l'Espagne, d'abord, et de la police marocaine, ensuite, pour faire régner l'ordre le plus strict dans cette région sensible et remplie de migrants venus de toutes l'Afrique.
Bref, pas possible de négocier, et puis il fait déjà très sombre et je ne suis pas sûr qu'une ballade amicale sur le port soit la meilleure idée au fond. Notre chauffeur nous emmène donc maintenant vers notre destination finale pour la nuit, le "camping de Laayoune plage". Dit comme ça, cela sonne plutôt bien. On imagine les belles plages de sable fin, baignées de soleil, et de quoi planter sa tente entre les dunes comme on établirait son nid, dans la tiédeur du soir, entre les courbes de sa chère et tendre. Le gouverneur de la région ne s'y est d'ailleurs pas trompé, il y a justement fait construire sa résidence.
La route, que l'on refait en sens inverse depuis le port, nous paraît longue. Rapportée au kilomètre-danger, c'est même la plus longue que j'ai parcouru depuis longtemps. Je ne parle pas seulement des énormes camions qui allument ce qu'il leur reste de phare juste en arrivant sur nous au milieu de la route - nous n'en avons guère plus. Le fait d'être à six ou sept dans la voiture est aussi devenu quelque chose auquel on s'habitue. Mais les dunes de chaque côté de la route s'obscurcissent, et le chauffeur nous apprend que c'est délibérément qu'il roule à tombeau ouvert en évitant de justesse quelques individus sur le bas-côté: il nous explique que le guet-apens n'est jamais loin, et que s'arrêter (ou même trop ralentir) auprès de certains de ces gens en ferait aussitôt sortir bien d'autres de derrière les dunes, et là, les vrais ennuis commenceraient... pour lui comme pour nous. Rassurés sur ses vraies raisons, on bifurque je crois vers la plage, même si entre les murs de sable, on n'a qu'une très vague idée de notre position et orientation. Après une dernière halte pour acheter ce fameux poisson (congelé!) chez une vieille dame, la voiture s'engage dans un petit chemin et s'arrête en face d'une vieille barrière, tous phares allumés.
Devant, pour autant que nos yeux peuvent voir, un terrain vague, cerné d'une clôture de bois. On dirait un enclos à bestiaux. Mais aucune bête à l'horizon. Et puis, près de la barrière, dans le halo des phares, on peut lire : "Camping de Laayoune plage". Ah, ça doit vouloir dire qu'on y est...
Arrive un vieil homme, apparemment aussi surpris que nous. Il échange quelques mots, ouvre la maigre barrière. Éclairés par les phares, on cherche le meilleur endroit pour poser la tente. Le choix est difficile... Sable? Pierre? Terre? Contre la maison des propriétaires? Le froid et la fin qui nous sont tombés dessus soudainement nous encouragent à ne pas tergiverser, et quelques minutes plus tard, la tente est montée, sous le regard vide du chauffeur et de notre ami du jour, et sous le cône de lumière que nous offre la voiture. Avant qu'ils ne repartent, Cyril négocie ardemment le prix de la soirée, et fixe notre retour: 5:30 ici même, car la journée de demain sera longue, et le soleil Mauritanien qu'on s'apprête à rencontrer ne doit pas faire de cadeaux sur les coups de midi.
Ils acceptent, donnent leur parole, s'en vont.
Seule la lune nous éclaire désormais, et les tentatives de nouer contact avec les personnes du camping semblent vaines. On paye, espérant la clémence d'Allah pour cette nuit sauvage. Le froid du désert la nuit nous surprend, et c'est tant bien que mal qu'on s'acquitte d'un rapide repas sur le pouce, à commencer par une soupe chaude. Cyril cuisine le poisson, en commençant par le faire dégeler au bain-marie, puis griller sur un vieux poêle trouvé sur place. Dans notre bulle de noirceur, notre univers immédiat se résume à une tente posée près de la maison, de la terre, une frêle barrière sans fin, et au loin les quelques lumières de la résidence du gouverneur, surveillée, murée et gardée toute la nuit. Rassurés? Non, pas vraiment. Mais il faut bien dormir. Alors on s'enfonce dans nos sacs de couchage, on oublie les bestioles potentielles, et collés les uns contre les autres pour se tenir plus chaud (et parce qu'on n'a pas bien le choix dans notre petite tente), on s'endort finalement tous les quatre sur une autre journée mémorable.

Laayoune plage - camping

 

3 mai 2007

5:30, fidèles au rendez-vous, nos deux lascars arrivent au camping. Nous finissons de démonter la tente sans trop oublier de piquets (vainement plantés la veille dans la rocaille du terrain) malgré la noirceur encore tenace. Retour à l'aéroport alors que le jour se lève. Arrivés au but, nous remercions nos deux amis marocains, réglons la dernière partie de la note, et je tiens parole en offrant à XXXXX le cadeau que je lui promettais depuis la veille. J'avoue ne pas savoir à quoi il s'attend exactement, mais si le geste a un sens profond pour moi, il n'est pas sûr qu'il soit considéré avec le même intérêt par notre ami d'un jour, qui prend une mine plutôt déconfite quand je lui remet mon exemplaire de "Courrier Sud", qui a déjà parcouru 3000km avec nous pour atterrir dans ses mains, plus les 5000km de Montréal à Paris.
A l'aéroport, nos ventres creux trouvent d'improbables viennoiseries que l'on dévore tout en jetant à terre les cartes de Mauritanie pour y tracer et revoir notre route du jour. Malheureusement, mon estomac commence à flancher, et la proximité des toilettes est salvatrice pour mon système intestinal...
Toutefois, la grande question n'est pas là: la décision que je repousse depuis des mois doit maintenant être prise. Manuel et moi refaisons les calculs de distance, ficelle à la main, ces calculs refaits vingt fois dans ma tête, sans jamais être capable de trancher définitivement.

Laayoune - Planification de vol

Concertation avec Cyril et Stéphane, et nous décidons tous les quatre de tenter un vol sans escale jusqu'à Nouadhibou, sans atterrir à Dakhla. Cependant, nous survolerons la péninsule de Dakhla (ex-Port Etienne) et déciderons à ce moment là seulement si les vents et les réserves de pétrole nous permettent en tout sécurité de rallier Nouadhibou, dont nous comptons obtenir les dernières informations météo par la radio de Dakhla. Décision unanime, et moment clé de ce voyage.
J'ai rarement j'ai senti plus lourde responsabilité sur mes épaules de pilote, mais la cohésion d'esprit de notre fine équipe a raison de mes doutes. On étudie d'autres plans alternatifs, trace des repères de points de non-retour, des jalons de temps de passage maximum. La difficulté ici ne sera pas la navigation, réduite à sa plus simple expression : bleu à droite, jaune à gauche, blanc dessus. Mais la gestion du fuel, la commande de richesse, des altitudes en fonction des vents et de la consommation. Un exercice nouveau, bien que notre vol à Terre-Neuve (depuis Montréal en 2005 avec Manuel) nous en avait plus appris que beaucoup d'heures de théorie sur tous ces aspects, y compris psychologiques et de stress.

Laayoune - Derniers calculs

Décidés sur notre parcours, nous retournons aux baraquements militaires pour leur soumettre notre plan de vol, nos intentions à Dakhla, et notre heure de traversée de la frontière Mauritanienne. Malgré les doutes qu'il nous restent quant à l'accueil Mauritanien à Nouadhibou, nous nous montrons sûrs de nous et ne mentionnons bien sûr pas qu'aucune autorisation formelle de survol de la Mauritanie ne nous a été donnée, malgré nos nombreuses tentatives de liaisons téléphoniques. Nous notons méticuleusement les derniers point de report obligatoire imposés par l'armée marocaine, et poussons même le zèle jusqu'à entrer ces points (surtout le passage de frontière) dans notre GPS portable, en guise de sécurité. Il faut dire que les aides de radionavigations sont plutôt "few and far between" comme les anglais savent si bien le dire, et que rien ne ressemble plus à du sable... que du sable.
Derniers saluts aux militaires de faction, toujours sympathiques, prise de la dernière météo disponible, et récupération de TOUS les papiers d'identification de l'avion, licences, assurances, propriétaires, identité et lieux de résidence des pilotes, passagers, numéros de passeport, et j'en passe. Le temps file et il faut partir avant que je soleil ne tape trop.

Laayoune - L'aventure commence ici

Pendant ce temps, sur le tarmac, Cyril et Stéphane sont retournés à l'avion, et rangent une nouvelle fois tous les bagages, qui doivent respecter un ordre bien stratégique si l'on compte les faire tous tenir à l'intérieur. Un ciel variable couvre nos têtes. Le vent du Nord tant attendu est au rendez-vous et forcit à mesure que la matinée avance. Il sera notre meilleur allié pour ce vol.

Laayoune - chargement de l'avion sous la supervision de l'ONU

Les avions de l'ONU veillent toujours la base, et s'il n'était ce vol à effectuer aujourd'hui, on serait bien restés discuter avec le personnel; les interroger sur leur vision des choses, de la région, leur mandat, leurs perspectives quant à la question du Sahara Occidental, les rôles et volontés de chacun. Leur vie. Des sujets seulement effleurés alors que je préparais ce voyage et m'interrogeais sur les questions géopolitiques de la côté d'Afrique Occidentale.

Laayoune - Cyril discute avec le personnel

Et puis tout le monde monte. On vérifie les réservoirs, refait une dernière pré-vol. Avec un peu d'angoisse au coeur, et pas mal de retard, nous refermons la verrière et contactons la tour. Nous disons au revoir au Maroc et prions Éole pour qu'il nous porte jusqu'en Mauritanie. Il est 9:00 du matin.

Laayoune - dernier checks

 

suite du voyage... Le goût du désert