DAKHLA
(Villa Cisneros)
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GMMH -
[Olivier et Manuel, 13 mai 2007]
Notre arrivée sur Dakhla s'effectue de façon presque routinière, sous l'oeil des militaires, qui contrôlent l'aéroport. En très longue finale, nous passons l'immense pont d'un kilomètre et demi qui relie l'énorme môle du nouveau port à la presqu'île de Dakhla.
| Dakhla - Droit devant |
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La
finale se poursuit sur la ville, et comme Manuel est aux commandes, cela m'offre
l'opportunité de rapidement reconnaître les lieux, et repérer
les grands axes et principales dimensions de la ville, afin d'être un
peu moins perdu en arrivant. On constate que la partie Sud de la ville semble
nettement moins moderne, sans routes autres que des étendues de terre
battue. Au nord, le centre ville se constitue de grands bâtiments, d'immeubles
de trois à cinq étages. D'une étonnante modernité,
il paraît net et propre en contraste avec le Sud. Le littoral est également
bien construit, et ce contraste au sein de Dakhla vue du ciel est en fait
une traduction directe de la double vocation de la ville : zone de villégiature
pour Marocains aisés, et pôle d'attraction pour Sahraouis récemment
sédentarisés. Peut-être un peu rapide comme approche...
Mais le pilote maintient 80kt et termine son atterrissage.
| Dakhla - Survol de la ville |
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Dakhla.
Cette ville est jusqu'ici pour moi synonyme casse-tête pour la préparation
du vol, à cause bien sûr du manque chronique d'AVGAS. Sautée
à l'aller, cette fois nous y mettons les pieds, prêt à
découvrir tout ce qu'elle semble avoir voulu nous cacher.
Sur le tarmac, les militaires nous accueillent très cordialement. Ils
confirment rapidement que nous ne sommes que des touristes un peu déjantés;
mais les formalités sont les formalités, et l'armée ne
serait rien sans elles; alors la paperasse s'empile et s'empile. Il faut sortir
absolument tous les documents de l'avion, et ils veulent noter le moindre
petit numéro, la moindre référence qui pourrait être
un jour inutile à quelqu'un.
Le
beau temps et l'inaction poussant souvent au zèle, ils décident
d'ordonner une fouille complète de notre avion, et nous demandent donc,
sans savoir à quoi ils s'exposent, de vider tout ce que nous avons
dans notre coffre! Autant demander au personnage d' "il était
une fois l'histoire" de sortir tout ce que sa barbe blanche contient!
Dix minutes après, lorsque tous les sacs sont sortis et ouverts sur
l'asphalte, les abords de l'avion ressemblent à la caverne d'Ali Baba.
Malgré le sérieux que j'essaie de garder, je pourrais lire sur
les visages qui nous entourent la même et seule question : "mais
comment ont-il pu un jour faire rentrer tout ce stock dans un si petit coucou?"
Devant ce foutoir en expansion croissante (tout comme l'entropie faut-il le
préciser), les militaires renoncent à tout examiner à
la loupe, et nous autorisent à un remballage complet. Puis, comme pour
s'excuser, ils nous expliquent que les problèmes de trafic de drogue
sont légion ici, et ils luttent activement contre ce problème,
qui passe assez souvent par de petits avions qui, soudainement, disparaissent
dans le désert et traversent les frontières sans crier gare.
La dernière histoire en date est vieille de quelques jours seulement.
Ils ont retrouvé l'avion, abandonné, ses occupants ayant pris
évidemment la fuite avec la cargaison.
Ils nous rappellent surtout de nous méfier lors de la visite prévol, et nous conseille de toujours inspecter si personne n'a rien tenté de placer dans l'avion, sous le capot, dans les carénages de roue, voire dans les réservoirs d'essence. On pourrait ainsi se retrouver complice d'un trafic sans même le savoir. La prudence est de mise, et la leçon ne sera pas oubliée.
Avant de quitter l'avion, Manuel et moi procédons au transvasement de l'essence des bidons dans les réservoirs. On filtre l'essence avec deux morceaux de tissu, pour éviter d'avoir de grosses impuretés qui rentrent dans le circuit de carburant. Bientôt les deux bidons sont vides, et l'on recherche un endroit pour les entreposer, plutôt que de les jeter. Ils seront toujours utiles à quelqu'un.
Deux heures déjà depuis notre arrivée, et le soleil de midi commence à vraiment cogner. Nous traversons le hall de l'aéroport, et discutons encore un moment avec le chef de piste, dans son bureau, pour régler les dernières formalités. L'homme, un ex-spécialiste des radars secondaires, est vraiment amical. Il nous raconte qu'il aurait aimé faire carrière comme pilote professionnel, mais bien sûr les portes lui ont été fermées avant même de les ouvrir, puisque les études nécessaires étaient bien trop cher pour lui. Il semble même que dans l'armée, seuls quelques rares privilégiés accèdent aux postes de pilotage. Nous le sentons amer, un peu. Qui ne le serait pas? Il est à Dakhla, au bout du monde, au bout des sables. Au sol.
Pensifs, nous sortons en saluant les militaires de faction, et nous dirigeons, comme indiqué, à pied, vers le coeur de la ville.
| Dakhla - Transfert des réservoirs additionnels |
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Quelques
rues joliment pavées donnent un aspect moderne et propre à cette
ville, un quelque chose de méditerranéen, un rien artificiel;
une première impression qui tranche avec les quartiers que l'on survolait
durant l'approche finale. Au bout d'une dizaine de minutes nous trouvons l'hôtel
Aigues, que le guide nous recommandait. Les prix sont corrects, les chambres
aussi, et de toutes façons nous avons rendez-vous ici pour retrouver
nos deux lascars.
Nous réservons donc deux chambres, et sitôt assis sur les lits
pour déballer nos affaires et délasser nos pieds, une violente
envie de faire la sieste nous prend et nous écrase la tête sur
la taie blanche des oreillers. Sans même luter, nous céder au
sommeil, puisque de toutes façons il fait à cette heure-ci trop
chaud dehors pour une ballade.
Zzzzz....
Nous
nous réveillons quelques heures plus tard, le ventre creux. Nous descendons
chercher un morceau à manger, et trouvons bien vite ombre et fraîcheur
au fond d'un café-Internet d'où nous rassurons tout le monde
sur notre état et celui de l'avion. Quant à nos amis... on ne
s'étend pas sur leur situation, vu qu'on ne sait rien d'eux encore.
Par la fenêtre, j'observe une femme qui fait sécher sur le toit
de sa maison un splendide tapis dont les pigments flamboient au soleil. Quel
contraste avec la lourde pénombre d'où nous tapons nos quelques
lignes. Depuis que le sable a quitté le ciel, on dirait que les couleurs
du monde ressortent soudainement avec plus d'éclat, moins d'aridité.
Ce sont mes yeux ou quoi? Oui, oui, ça doit être mes yeux.
| Dakhla - Femme |
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En
ce dimanche après-midi, quasiment tout est fermé. Apparemment
les boutiques ne rouvriront pas, au mieux, avant 16:00. Et la poste, elle,
est définitivement bouclée.
Sans but précis, nous quittons le centre-ville, à pied, en direction
Nord-Ouest. J'ai dans l'idée de rejoindre le grand phare, le vieux
phare espagnol, la seule chose à vrai dire ici sur laquelle j'avais
vu un peu de documentation quand je commençais à préparer
ce site et ce voyage. Avec ses rayures noires et blanches, sa taille impressionnante,
il m'était resté en mémoire.
Mais les distances qui le séparent de la ville sont définitivement
incompatibles avec une séance de marche à pied en plein soleil.
Pas découragés pour autant, nous continuons tout de même
jusqu'à l'extrémité de la ville, et quand plus rien n'est
là pour nous offrir de l'ombre et protéger nos têtes,
nous renonçons et retournons sur nos pas chercher un taxi.
Difficile
de se faire comprendre, apparemment, et notre demande semble en étonner
plus d'un. «Pharo?» Je ne comprend pas pourquoi, puisque pour
moi c'est la seule attraction touristique de Dakhla.
On achète quelques bouteilles d'eau, juste au cas où. Quelques
sucreries aussi. Et finalement on trouve un taxi qui accepte, pour 80 Dirhams,
de nous y emmener, et d'attendre sur place pendant quarante minutes que nous
finissions par en avoir notre voyage. Malgré le prix un peu élevé,
nous faisons contre mauvaise fortune bon cur, puisque après tout
aucun autre chauffeur n'a accepté de satisfaire nos drôles de
volontés.
Nous
comprenons bien vite leur mauvaise volonté, en voyant la route se transformer
en piste de terre sablonneuse. Plus praticable que celle tentée la
veille au Cap Blanc, elle n'en a cependant pas les attraits, et sinue en réalité
au beau milieu d'une gigantesque décharge à ciel ouvert, où
paraissent errer quelques âmes démunies. Le spectacle est dur
à supporter ; que doit-il en être de leur vie.
Soudain le cellulaire de Manuel capte un SMS :
Message reçu à 15:53, le 13 mai 2007 : «Frontière passée enfin il y a 1 heure. Restent 300km :-)»
Cela doit faire au moins six heures qu'il ont quitté Nouadhibou, et seulement une centaine de kilomètres parcourus La traversée de la frontière a dû leur paraître bien longue, et nous ne sommes pas prêt de les revoir. Rassurés tout de même, nous buvons un coup (d'eau) et arrivons dans les derniers chaos de la route, au bord de l'océan, et au pied du fameux phare. Quelques nomades ont établi campement un peu en contrebas. Nous faisons quelques pas, puis levons les yeux au ciel pour admirer le spectacle que les nuages nous donnent en ce lieu perdu. Plus que le phare lui-même qui n'est peut-être qu'un prétexte, ce sont eux qui créent le paysage ici.
| Dakhla - Le vieux phare espagnol |
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L'accès
au phare est malheureusement interdit, et malgré la tentation légitime
d'y monter, nous craignons trop de refaire une bévue comme la veille.
Qui sait où se cache le gardien improvisé de ces lieux? Dans
une des tentes nomades dressées entre l'eau et la décharge?
Au fond de cette cabane puante qui sert d'abri à quelques poules? Dans
le phare lui-même, derrière cette grille qui ne dit rien qui
vaille? Laissons faire pour cette fois; pour la vue aérienne, on ne
peut pas dire que nous soyons à plaindre aujourd'hui.
Quelques dizaines de mètres plus loin, le sol s'efface et laisse place
à l'océan. Nous tentons une approche timide, de peur que la
couche de sable dur se brise et se dérobe sous nos pieds.
| Dakhla - Descente vers la mer |
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Comme nous l'avions vu d'avion quand nous survolions certaines régions du Sud Maroc, la croûte superficielle de terre stratifiée s'effrite au contact de l'océan, et s'effondre par grandes plaques. Nous descendons dans l'une des failles ainsi créée, et rejoignons la mer.
| Dakhla - Côte effritée |
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Comme
nous l'avions vu d'avion quand nous survolions certaines régions du
Sud Maroc, la croûte superficielle de terre stratifiée s'effrite
au contact de l'océan, et s'effondre par grandes plaques. Nous descendons
dans l'une des failles ainsi créée, et rejoignons la mer.
Un pêcheur occupe le spot. Discrètement, nous la regardons faire,
avec son air un rien désabusé, et son immense canne à
pêche. Je repense à tous ceux que nous avons survolés
depuis bientôt deux semaines que nous longeons les côtés;
je repense à ceux qui nous ont salué, quand nous effectuions
quelques passages basse hauteur. Lui ne parle pas un mot de Français
ni d'Anglais; nous ne parlons pas non plus un mot d'Arabe, ni aucune langue
locale parlée ici. Alors c'est à l'aide de sourires un peu gênés
et des regards porteurs de sens que l'on converse un peu, que l'on échange
et partage, dirait-on, un simple instant.
| Dakhla - Pêcheur |
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Notre temps étant écoulé, nous repartons avec notre petit taxi vers la ville. Nous retraversons les tas d'ordure, qui en réalité occupent un territoire peut-être aussi grand que la ville. Un gigantesque dépotoir, où se concentrent tous les rejets et résidus urbains. Un bien triste spectacle, sans parler de l'odeur, surtout au regard des pauvres hommes, femmes ou enfant qui au milieu de ces déchets tentent de grappiller quelque chose, de survivre dans ce désert de désolation et de pourriture.
| Dakhla - Misère et puanteur |
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Nous
regagnons le centre ville, et cette fois trouvons quelques boutiques ouvertes.
Dans une bijouterie, une croix berbère fait mon affaire, et je repars
avec, autour du coup. Elle ne devra plus me quitter. Une théière
avec ça? Non, merci. Ça ira pour aujourd'hui.
La chance est au rendez-vous, et nous trouvons le bureau de poste exceptionnellement
ouvert. Nous y déposons donc une volée de cartes postales, et
poursuivons en longeant maintenant la côte Est, qui donne sur la baie.
Une large promenade a été aménagée, et l'apparence
moderne et balnéaire de la ville ressort dans tout le décalage
qu'elle contribue à donner. Rien à voir avec l'atmosphère
et les sentiments bien plus rudes que nous avons quittés ce matin même.
Beaucoup de personnes se baignent. Les enfants jouent. Les femmes regardent.
Au fond à l'horizon, les immenses falaises que nous avons survolées
plus tôt. Et quelque part, encore plus loin, nos compagnons de voyagent
qui, à l'usure, traversent les sables.
Puisque nous avons encore du temps à perdre, nous nous asseyons prendre un thé à la menthe sur la croisette, au coin d'un café. Derrière nous une bande de supporters encouragent bruyamment une équipe de foot espagnole, qui dispute un match de coupe d'Europe à la télé. Ont-ils des racines espagnoles? Le cur des Marocains penche-t-il en général vers l'Espagne dès que l'on parle football? Ou plutôt la France, L'Angleterre, l'Italie, en fonction de équipes en présence et de l'humeur du moment? Je n'en ai aucune idée, et me sens trop gêner de leur demander les vraies raisons de leur enthousiasme.
Le soleil descend sur l'horizon et pas de nouvelles de nos amis. Nos verres de thé sont vides. Une petite inquiétude grandit. Pour tuer le temps, je m'occupe par une petite séance photos, et quelques gribouillages dans mon carnet pour compléter le portrait.
| Dakhla - Deux thés à la menthe, en attendant nos amis |
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Pour tuer le temps, petite séance de shooting photo, et un peu de dessin dans mon carnet pour compléter le portrait..
| Dakhla - Shooting photo |
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| Dakhla - Petit Taxi (3 passagers maximum) |
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Et puis soudain, alors que la faim nous gagne, un nouveau message :
Message reçu à 19:40, le 13 mai 2007 : «Dernier contrôle et encore une quarantaine de bornes. Reste-t-il une chambre pour un Jap?»
Nous rentrons alors à l'hôtel, situé à quelques pas.
| Dakhla - Esplanade devant l'hôtel |
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Une bonne douche en les attendant, et enfin Cyril et Stéphane débarquent devant nous, accompagnés d'un Japonais. Quelle joie de les retrouver! Nous nous étions seulement quittés depuis le matin, à Nouadhibou, mais les retrouvailles sont chaleureuses. Chacun raconte l'histoire de sa partie de voyage. Eux ont fait le trajet à six entassés dans une vieille Mercédès, et ils ont dû passer au crible d'une quinzaine de check points avant d'arriver ici. Ils s'en sont tirés pour 9000UM chacun, ce qui n'est pas si mal. Ils auraient bien voulu tenter l'aventure dans un transport plus radical, un taxi-brousse ou un camion de légumes, mais ils n'en ont juste pas trouvés. La journée a tout de même dû être assez éreintante comme cela sans avoir besoin d'en rajouter.
| Dakhla - Esplanade devant l'hôtel |
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Le
temps de se débarbouiller, nous repartons tous ensemble se balader
en ville, à la nuit tombée. Le centre ville s'est d'un coup
enflammé, et est maintenant tellement rempli de monde que l'on se croirait
transporté dans un autre lieu. À 21:00, dimanche soir, les rues
sont bondées, tout le monde est de sortie. Les marchés battent
leur plein, les restaurants aussi. Déconcertés, on tâte
le pouls de cette ville, passée soudainement d'un bastion militaire
à une station balnéaire marocaine.
Nous nous arrêtons manger un demi poulet dans une gargote bien sympathique.
Retour par la croisette, le long de la plage. Nous nous offrons un dernier
thé à la menthe en face de l'Hôtel du Sahara. Autour de
nous, le sol est couvert d'une pellicule de graisse laissée par les
vendeurs de grillades qui occupaient la place un peu plus tôt dans la
soirée.
Épuisés
une fois de plus, nous nous ne demandons pas notre reste et montons nous écrouler
dans nos lits, après encore une bonne journée dans les pattes.
Le sommeil a intérêt à venir vite, car les plans pour
demain s'annoncent déjà ambitieux, avec un des plus long vol
du voyage : Dakhla - Laayoune - Ouarzazate. Si tout va bien, l'Atlas est à
notre portée.
... Suite du voyage : Remontée vers Laayoune