BISCAROSSE 1/2
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LFBS -
| Biscarosse |
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(18 mai 2007)
Une demi heure de vol au dessus des Landes suffit pour rejoindre Biscarrosse depuis Biarritz. Le mauvais temps accroché au Montagne s'est dissipé et seuls en subsistent de minces filaments de nuages rayant le ciel, qu'éclaire en douceur un soleil déjà bas sur l'océan. Un résidus de brume opacifie le paysage, ou plutôt l'habille d'une délicate ouate du soir.
| Biscarosse - Son lac endormi |
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Bientôt, la forêt de pins fait place au lac de Biscarrosse, calme
comme un miroir reflétant la candeur du ciel, et parsemé de
minuscules barques ou ponts flottants, sans doutes dédiés à
la pêche.
| Biscarosse - Juste avant le coucher du soleil |
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Personne dans la radio, ni personne aux alentours. La base de Cazaux est à quelques kilomètres plus au Nord, mais ici, tout est serein, vide. On dirait que le mauvais temps, l'agitation et les échanges radio se sont évanouit dans le jour qui s'achève. La tempête est passée, les orages s'en vont dans le lointain, derrière nous, avec tous les souvenirs de tumulte et de bruit. Un frisson dans le dos me le confirme : c'est bien fini. De retour au pays, le mien. Enfin, celui de mon enfance, " qui m'est une province, et beaucoup davantage ". La simple banalité de mon petit coin du monde, le charme sympathique de mon pays retrouvé, des dangers effacés, des souvenirs gravés.
| Biscarosse - Une longue journée s'achève |
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Nous traversons le lac, en s'annonçant dans le poste. Aucune réponse. En face, une longue piste en herbe nous tend les bras. Même si elle semble être plutôt destinée aux planeurs, elle rappelle tellement le tapis vers des Mureaux que nous nous y posons sans plus de questions. Tout le monde a bien hâte de sortir enfin de cette cabine bien trop exiguë pour une journée entière à bord.
La conduite au sol est un peu rough, et rappelle une piste de brousse. Nous garons l'avion sans grande finesse, un peu honteux de nos manoeuvres laborieuses - heureusement que personne ne nous observe ni nous entend donner du moteur pour sortir des ornières et trous de taupes. Pas plus tôt débarqué, Manuel constate qu'il y avait une piste en dur de huit cent mètres qui nous attendais juste à côté. Tant pis, nous mettrons ça sur le coup de la fatigue, et de la hardiesse d'être enfin revenu voler dans son petit Liré.
| Biscarosse - Piste en herbe |
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Nous avons l'adresse d'un camping proche de la ville, où nous devrions pouvoir passer la nuit. Rien que son nom était une invitation : le camping "Latécoère" - sic - impossible de ne pas y dormir, faudrait-il coucher à la belle étoile!
Pour une dernière fois, nous sortons le matériel nécessaire pour la nuit, et mettons nos sacs sur le dos. Tente, duvets, popote. Non, pas de popote : nous pouvons cette fois nous offrir un restaurant pour fêter notre retour.
Petite
marche entre les hangars et quelques belles propriétés privées
pour pilote comblés - garage à joujou attenant -, et nous nous
retrouvons sur la route. Départementale 652. C'est l'heure de sortir
nos pouces et tenter de se faire embarquer jusqu'en ville. Le guide d'étape
du pilote, photocopiés à Biarritz, indiquaient un incontournable
restaurant pour des aventuriers de l'Aéropostale comme nous : "
le Saint-Ex ", au centre ville. Qui dit mieux?
Par stratégie, nous nous séparons en deux groupes, et à
peine trois minutes plus tard, Manuel et moi nous faisons embarquer par une
fille - ravissante, ne nous en cachons pas -, une surfeuse qui partait seule
pour la plage. Un canon, tout droit ressuscitée de Point. En moins
de dix minutes, nous retrouvons comme convenu nos compères devant l'Église
du village. Opération réussie.
Malheureusement,
le bar-restaurant le "Saint-Ex" est fermé ce soir. Sur recommandation
de notre surfeuse, nous posons nos fesses au Lobo Locco, juste à côté.
Quel plaisir de pouvoir ainsi s'écraser sur une banquette suffisamment
spacieuse, et délasser enfin nos jambes. Les tapas, délicieux,
s'enchaînent allègrement dans un entraînant flot de sangria.
Quel bonheur! Cela faisait longtemps que nous n'avions pas vraiment pu goûter
à un peu d'alcool. la fête est donc ce soir un peu plus folle,
et nous permet d'oublier peut-être que demain le voyage s'achève;
qu'on sera de retour à notre point de départ, et qu'on ne saura
sans doute pas trouver les mots, dire notre bonheur à nos amis, nos
proches. L'alcool permet cela ce soir : partager ce débit continu de
sentiments, sans y devoir encore ancrer des lieux, des dates, des noms et
des figures, des impressions et des raisons.
Un détour par un improbable bar western sur le chemin s'occupe d'achever
la soirée. Malgré l'ambiance bon enfant et la volonté
désespérée de quelques vieux de nous raconter leur vie,
je ne peux me sentir à ma place, ni ici ni ailleurs. Trop de décalage,
trop de choses en tête pour s'oublier si soudainement. Et si cela durait?
N'est-ce pas cela le plus grand risque de l'aventure? Ne jamais plus se sentir
à sa place nulle part? Peut-être qu'avec le temps il faut aussi
apprendre à s'ancrer, apprivoiser ses élans, les assouplir et
les convaincre qu'il n'est pas nécessaire de faire crier son âme.
Nous quittons le bar; il fait nuit dehors. Un peu froid. Nous marchons en direction du camping; un bon quinze minutes, sans compter les zigzags, quand nos frontales s'arrêtent sur l'inscription : "Camping Latécoère". Nous y sommes. Gênés, nous réveillons le gardien qui, dans sa mauvaise humeur toute gauloise, nous assigne vaguement un emplacement et part finir sa nuit. À l'aveuglette, nous plantons la tente - certes un peu bruyamment - dans un coin d'herbe correspondant vaguement à la description qu'il nous en a fait. Tout va pour le mieux jusqu'à ce que de consciencieux voisins, des "Bernard Morin" fiers de leur plein droit, exigent que nous replantions le tout cinq mètres plus loin. Ah, la joie et l'insouciance des vacances...
Nous obtempérons à contre cur, tandis que Cyril trouve dans un dernier élan l'énergie d'aller se doucher, et nous sombrons dans un profond sommeil, avec en nous la joie complexe de poser nos oreilles en terre de France.
Suite du voyage...Redécollage de Biscarosse