AGADIR - أكادير
- GMAD -

 

2 mai 2007

Agadir, c'est une dernière respiration avant d'attaquer le désert. On fait le plein d'eau, de pétrole. On regrette un peu d'avoir vu si grand pour ce voyage. Au pied du mur, aux portes du désert, il faut maintenant faire le grand saut, d'oasis en oasis. D'Agadir, on ne verra que l'aéroport; peut-être de peur de trop savoir ce que l'on quitte, la clémence du Maroc habité pour l'inconnu du grand Sud. Tête dans le guidon, les pensées se focalisent déjà sur la suite, en bas sur la carte. Ce soir, il faut être à Laayoune. Au revoir l'Atlas; la Terre va s'écraser sous le poids du soleil, et se changer en poussière. Il faudra aujourd'hui foncer vers le sable et ses mystères. Mélange d'anxiété et exaltation.

Quittons Marrakech

De Marrakech à Agadir, il n'y a qu'un saut: l'Anti-Atlas à traverser. Droit au Sud, les montagnes sont données à 12000ft de haut. Les neiges enveloppant les sommets fascinent, mais découragent vite le promeneur. A mois d'avoir Ouarzazate comme destination, mieux vaut ne pas tenter le diable. Et avec la température qu'il fait déjà à 9:00 le matin, l'air ne doit pas bien porter à ces altitudes.
En ce qui nous concerne, c'est la côte qu'on veut rejoindre, alors nous prenons cap à l'Ouest, et trouvons un passage à 6000ft, un peu avant Essaouira. Les derniers villages s'égrènent à mesure qu'on s'éloigne de Marrakech et que les oueds de raréfient. Un paysage de roc s'impose alors, aride et nu.

Passage de l'Anti-Altas

Sous un ciel d'un bleu absolu, la traversée de ce bloc de montagnes continue. Des teintes rouges se dévoilent, et les strates de la roche offrent un spectacle étonnant. Ça et là quelques cahutes, quelques traces de vie. De rares bergers, disséminés. Et leurs troupeaux qui doivent bien déceler, avec l'aide de Dieu, quelques improbables touffes de verdure dans ces terres pétrifiées.

Au dessus des montagnes, entre Marrakech et Agadir

Sitôt l'Anti-Atlas passé, un problème se pose : la plaine au Sud est baignée d'une mer de nuages. Une couche dense qui s'étend à perte de vue. Pourtant Agadir n'est pas loin, plus que 20 milles nautiques à peine. La météo à Marrakech n'avait pas semblée aussi pessimiste. Un cruel dilemme se pose: continuer au dessus de la couche pour trouver la mer, et espérer des trouées pour descendre? Ou passer directement en dessous des nuages, en rasant les montagnes? Vu d'ici, les sommets semblent plonger vers le sol, et aucun obstacle ne paraît sous la couche. Mais quelle certitude a-t-on que la voie est libre? A quelle altitude descendre? On pourrait aussi faire demi-tour et retrouver la mer à Essaouira? Heureusement, le contact radio est établi avec Agadir, et ils annoncent un plafond nuageux à 3500ft. Cela veut dire qu'on peut descendre tout en gardant une bonne marge de sécurité par rapport au sol, qui est sensiblement au niveau de la mer une fois les montagnes passées. Dernier coup d'oeil aux cartes. Les fesses serrées, on plonge sous la couche, rasant les montagnes. Si jamais ce n'est pas clair en dessous, on fait demi-tour et on remonte au dessus.

La plaine d'Agadir, sous une mer de nuages

A mesure qu'on traverse, on arrive à garder contact visuel avec le sol, et une large plaine apparaît à la verticale du Robin. tout en maintenant notre vitesse, on s'y engouffre en spirale pour effacer les dernières barbules de nuages, et quelques secondes plus tard, l'altimètre indique 3000ft; nous somme sous les nuages, et passablement soulagé d'avoir franchi l'obstacle.

Près du sol, la visibilité est assez mauvaise, mais notre cap nous amène droit sur la piste. Le contrôleur d'Agadir, stressé ce matin-là, n'a de cesse de nous demander notre distance à ses installations. N'ayant pas de DME à bord, on donne laborieusement des estimées en utilisant nos doigts comme unité de mesure sur la carte; une bonne vieille technique qui fera bien l'affaire. Le problème, c'est qu'un gros porteur est dans les parages, et personnes ne sait prédire qui de nous ou du Boeing arrivera le premier au seuil de piste. Conscient de la situation, on affiche plein gaz et on tente une directe; il n'y a pas de petits profits... La méthode est payante, et le contrôleur nous annonce numéro 1 sur la piste. "Yes!" Atterrissage, jeté de godasses, accueil de la police, refuel du coucou, payement des taxes et surtout prise de météo pour la suite de la journée.

Agadir - Aéroport

Malheureusement, les bureaux météo sont en grève aujourd'hui. Dans tout le pays. C'est ce qui explique les informations plus que précaires fournies ce matin à Marrakech. Salutaire, la préposée aux taxes nous donne tout de même ses commentaires sur la chose: "il fait toujours beau au Sud. Inch Allah!" Tout de suite, on est beaucoup plus rassurés.

Quelques minutes plus tard, un pilote (un vrai) entre dans la petite salle : chemisette blanche, gallons dorés et lunettes de soleil géantes. Mais ce n'est pas un inconnu : c'est bien sûr le pilote du Boeing qui atterrissait en même temps que nous! Salutations, et surprise de rigueur à l'idée qu'un avion immatriculé en "Foxtrot" (France) poursuive sa route déjà longue vers le Sud. Ils sont fous ces Gaulois!
Par chance, l'équipage du Boeing détient des informations météo de bonne augure, tirées sans doutes de la FIR des Canaries. Un beau CAVOK sur toute la côte, sitôt dépassés les 100 milles nautiques au Sud d'Agadir.

Il est presque 11:00, et la température ne cesse de monter; le tarmac chauffe et il est grand temps de mettre les bouts. Tout le monde embarque; on vérifie une dernière fois les pleins et, engoncés dans notre DR-400 en bois et toile, on se lance le long de la côte Atlantique, la mer bien calée sur notre droite, le désert à gauche, et le ciel en haut. Une partition de l'univers qu'on n'est pas prêt de quitter.

Sud d'Agadir - L'aventure commence ici

Maintenant, c'est droit devant. Et l'aventure commence.

suite du voyage... Tarfaya